Tanzanie : le bilan officiel des violences de 2025 sème la discorde
Un rapport gouvernemental qui divise la nation
Ce jeudi 23 avril à Dar es Salaam, la commission d’enquête mise en place par le gouvernement a rendu publiques ses conclusions sur les troubles ayant suivi l’élection présidentielle du 29 octobre 2025. Six mois après les faits, le bilan officiel fait état de 518 décès. Loin d’apaiser les tensions, cette annonce a immédiatement provoqué une vive polémique, l’opposition et les organisations non gouvernementales dénonçant une tentative de minimiser l’ampleur du drame.
Le document présenté par cette commission, dont la légitimité est contestée, attribue la majorité des morts à des affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants, ainsi qu’à des violences intercommunautaires. Le gouvernement, tout en reconnaissant pour la première fois l’étendue de la crise, qualifie ces événements de « débordements incontrôlés » survenus lors de rassemblements interdits. Le rapport met également en cause la responsabilité de certaines personnalités publiques dans l’escalade de la violence.
Une bataille de chiffres entre pouvoir et société civile
Le chiffre de 518 victimes est au cœur d’une fracture profonde entre la version officielle et les estimations indépendantes. Dès sa publication, le rapport a été qualifié de manipulation par ses détracteurs.
- La position de l’opposition : Les principaux partis adverses maintiennent que le nombre de victimes se compte en milliers. Ils accusent également les autorités de passer sous silence de nombreux cas de disparitions forcées, totalement absents du rapport gouvernemental.
- L’alerte des défenseurs des droits humains : S’appuyant sur des analyses d’images satellites et de multiples témoignages recueillis sur le terrain, plusieurs ONG internationales réfutent la thèse des « bavures isolées ». Elles parlent au contraire d’une répression « systématique et planifiée » par le pouvoir en place.
Une manœuvre politique ?
La question des motivations derrière ce bilan officiel est désormais centrale. En avançant un chiffre largement inférieur aux évaluations indépendantes, le gouvernement tanzanien semble engagé dans un exercice d’équilibriste. Il s’agirait de reconnaître une part de responsabilité pour calmer les critiques internationales, sans pour autant s’exposer à des poursuites devant les juridictions pénales internationales pour crimes contre l’humanité.
« Ce rapport n’a pas pour but d’établir la vérité, mais de redorer l’image diplomatique du régime », confie, sous couvert d’anonymat, un membre influent d’une organisation de la société civile locale.
Quel chemin vers la réconciliation ?
La publication de ces conclusions ouvre-t-elle la voie à l’apaisement ou à une nouvelle phase de crise ? La demande d’une enquête internationale indépendante et impartiale gagne chaque jour en intensité au sein du pays. Pour de nombreux analystes, tant que la lumière ne sera pas faite sur le nombre réel de victimes et sur les responsabilités au plus haut niveau, le souvenir des violences de 2025 continuera d’empoisonner le débat public tanzanien. Le pays se retrouve face à deux récits irréconciliables, chaque camp refusant de valider la version de l’autre.