Paul biya : deux mois d’absence alimentent les spéculations au Cameroun

Depuis maintenant deux mois, le Cameroun retient son souffle. Le président Paul Biya, 93 ans, est absent du pays depuis le 7 juin, officiellement pour un « court séjour privé en Europe ». Pourtant, aucune confirmation officielle n’a été communiquée sur sa localisation ou son état de santé, alimentant ainsi les rumeurs et les interrogations parmi les Camerounais.

Des nominations militaires qui renforcent les suspicions

Le 3 août, une série de décrets présidentiels a bouleversé la hiérarchie militaire camerounaise. Parmi ces changements, le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo a été nommé à la tête de la garde présidentielle, une première dans l’histoire récente du pays. Ces mouvements au sein de l’appareil sécuritaire surviennent dans un contexte où le chef de l’État est absent du territoire national.

Pour Jean-Bruno Tagne, co-directeur de la web-TV Naja et spécialiste de l’actualité politique camerounaise, ces nominations ne sont pas anodines. « Aucun communiqué officiel n’a été publié pour expliquer ces décisions, mais beaucoup y voient une manœuvre visant à préparer une transition à la tête de l’État », explique-t-il. Selon lui, ces ajustements pourraient s’inscrire dans une logique de verrouillage sécuritaire, notamment en prévision de la désignation d’un vice-président, une fonction récemment créée par une réforme constitutionnelle.

La création du poste de vice-président, source de tensions

La réforme constitutionnelle adoptée récemment a instauré la fonction de vice-président, chargé de succéder au président en cas de vacance du pouvoir et d’assurer la continuité de son mandat. Une perspective qui suscite de vives critiques au Cameroun, selon Jean-Bruno Tagne. « Cette fonction place les Camerounais dans une situation inédite : ils pourraient se retrouver avec un président non élu directement par eux, ce qui risque d’attiser les tensions », estime-t-il.

Dans ce contexte, les observateurs s’interrogent sur les motivations réelles derrière ces nominations militaires. Pour le journaliste, il s’agirait d’un renforcement des dispositifs sécuritaires avant l’officialisation du vice-président. « Peut-être que le pouvoir cherche à consolider sa position avant de nommer cette personnalité, consciente que la population n’est pas toujours favorable à cette nouvelle fonction », analyse-t-il.

Une absence prolongée qui interroge sur la santé du président

L’absence de Paul Biya, qui dure depuis près de deux mois, nourrit les spéculations les plus diverses. Le gouvernement camerounais a beau affirmer que « l’état de santé du président n’a pas connu de dégradation » et qu’il rentrera bientôt au Cameroun, ces déclarations ne suffisent pas à calmer les interrogations.

Jean-Bruno Tagne partage cette analyse. « À 93 ans, chaque absence prolongée du président soulève des questions légitimes : où se trouve-t-il ? Est-il en bonne santé ? Est-il encore en vie ? » Il évoque même une hypothèse personnelle : « Je suis convaincu que le président Biya ne se porte pas très bien. On murmure qu’il aurait subi une intervention chirurgicale suivie d’une phase de rééducation ».

Le journaliste pointe également un vide juridique : aucune disposition légale ne limite la durée des séjours à l’étranger du président camerounais. « Le chef de l’État peut rester six mois hors du pays sans que cela ne pose de problème constitutionnel. C’est une faille majeure du système, qui plonge les Camerounais dans l’incertitude quant à la situation réelle de leur dirigeant ».

Alors que les rumeurs persistent et que les nominations militaires se multiplient, l’absence de Paul Biya continue d’alimenter un débat politique déjà tendu au Cameroun.