Ce 1er octobre 2026, le Mali entame officiellement sa rentrée scolaire sous le signe de l’optimisme affiché : l’année est même qualifiée d’« année de l’Éducation et de la Culture » par les autorités de transition. Pourtant, derrière les discours solennels, se cache une réalité brutale : plus de 2 400 établissements scolaires resteront désespérément clos. Un chiffre sans précédent qui prive 730 000 enfants de leur droit fondamental à l’instruction, révélant ainsi l’impasse tragique dans laquelle s’est enlisée la stratégie sécuritaire de la junte militaire de Bamako.
Une offensive terroriste qui frappe au cœur de l’école républicaine
L’éducation, pilier historique du Mali, est aujourd’hui ciblée systématiquement par les groupes armés. Sur les 2 400 écoles fermées, près de 85 % le sont dans le Grand Nord, notamment à Kidal, où 84 % des infrastructures éducatives sont hors service. À Ménaka, bastion de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), plus de la moitié des écoles sont devenues inutilisables. La situation se dégrade aussi dans les régions du Centre, comme Mopti et Bandiagara, ainsi que dans certaines zones de Ségou et Koulikoro, désormais sous la menace du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda). Ces fermetures ne sont pas anodines : les écoles sont pillées, brûlées ou transformées en refuges pour des déplacés internes, tandis que les enseignants, lorsqu’ils ne sont pas tués, fuient par milliers.
La junte en déroute : quand la sécurité promise se transforme en échec
Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a opéré un virage géopolitique radical, expulsant les forces françaises de Barkhane et quittant la mission MINUSMA des Nations unies. Pour pallier ce désengagement, Bamako a misé sur un partenariat militaire avec la Russie, incluant le déploiement de mercenaires du groupe Africa Corps. Pourtant, malgré la reprise médiatisée de Kidal fin 2023, les Forces armées maliennes (FAMa) se heurtent à une résistance acharnée. La défaite cuisante subie à Tinzaouatène à l’été 2024 a révélé les failles structurelles du dispositif sécuritaire malien, poussant les groupes terroristes à étendre leur emprise. Les attaques contre l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024 ont marqué un tournant décisif, illustrant l’incapacité de la junte à protéger ses propres institutions.
Un territoire morcelé : l’État malien perd pied face à l’insurrection
La carte des fermetures scolaires dessine une géographie du renoncement pour l’État malien. Dans le Grand Nord, l’administration ne subsiste plus que dans les chefs-lieux fortifiés, tandis que l’EIGS contrôle des zones entières de Ménaka et prélève des taxes imposées aux populations. Le GSIM, de son côté, étend son influence dans le Centre, notamment à travers la Katiba Macina, où il impose des blocus réguliers sur des villes comme Niono ou Djenné. Même le Sud, jusqu’alors épargné, est désormais infiltré : des cellules dormantes du GSIM organisent des blocus économiques sur les axes routiers, asphyxiant progressivement la capitale. Cette perte de souveraineté territoriale se traduit par une absence totale de services publics, dont l’éducation est la première victime.
Le Centre : un cœur insurrectionnel où l’école disparaît
Les régions de Mopti, Ségou et San, autrefois considérées comme stables, sont aujourd’hui totalement sous emprise insurrectionnelle. Les groupes armés y appliquent des stratégies de terreur : fermeture forcée des écoles sous peine d’exécutions ciblées d’enseignants, appropriation des bâtiments scolaires, et imposition de leur idéologie obscurantiste. Résultat : des centaines de milliers d’enfants sont privés d’avenir, tandis que les familles, prises au piège, voient leurs enfants basculer dans le désœuvrement ou le recrutement par les groupes armés.
L’année de l’Éducation qui tourne au désastre
Alors que les autorités maliennes proclament solennellement l’« Année de l’Éducation et de la Culture », le contraste avec la réalité est saisissant. Pour 730 000 enfants, cette rentrée 2026-2027 ne sera qu’une année blanche, marquée par l’absence de salles de classe. Chaque école fermée représente une victoire pour l’obscurantisme, qui profite de cette jeunesse désœuvrée pour recruter de nouveaux combattants. La junte, en échec sur le front militaire, sacrifie ainsi une génération entière sur l’autel de ses erreurs stratégiques. Dans un pays où l’éducation était autrefois un symbole de fierté nationale, l’échec est désormais sous les yeux de tous.
