Épidémie d’ebola en RDC : une crise sanitaire qui s’aggrave dans l’est du pays
Épidémie d’Ebola en RDC : une crise sanitaire qui s’aggrave dans l’est du pays
L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ne montre aucun signe de ralentissement. Deux mois et demi après son déclenchement le 15 mai, elle est devenue la deuxième plus meurtrière jamais enregistrée, avec un bilan de 1 850 décès parmi environ 4 000 cas confirmés. Le taux de létalité dépasse désormais les 40 %, un chiffre alarmant qui souligne l’urgence d’une réponse sanitaire renforcée.
Le virus Bundibugyo, responsable de cette flambée, se propage à une vitesse inédite. Selon les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), cette souche a déjà causé cinq fois plus de morts que lors des précédentes épidémies comparables. Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a reconnu publiquement fin juillet : « Je ne suis pas en mesure de vous dire que nous contrôlons totalement cette épidémie aujourd’hui. »
Un contexte sécuritaire et humanitaire explosif
Plusieurs facteurs aggravent cette situation déjà critique. L’est de la RDC, épicentre de l’épidémie, est en proie à une insécurité chronique. La province de l’Ituri, particulièrement touchée, subit des attaques répétées des ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda. Parallèlement, le Nord-Kivu, également concerné, est en partie sous le contrôle de milices, dont le M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda. Ces violences ont provoqué le déplacement de millions de personnes, créant des conditions propices à la propagation du virus.
La surveillance épidémiologique a également été ralentie par des lacunes initiales. Le manque de moyens alloués au début de l’épidémie a retardé la détection des cas. Aujourd’hui, le suivi des contacts reste insuffisant : seulement 59 % des contacts ont été tracés dans la province d’Ituri, et 90 % des patients admis à Bunia n’étaient pas des contacts suivis. L’Africa CDC estime qu’environ 134 400 personnes devraient faire l’objet d’un suivi, contre seulement 17 500 actuellement.
Des avancées médicales encore limitées
Face à cette crise, des efforts sont en cours pour contenir l’épidémie. Un essai clinique d’un vaccin contre le Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories. En attendant, l’Africa CDC a décidé d’administrer le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola aux populations touchées. Bien que cette souche soit différente, les patients vaccinés développent des symptômes légers et ne meurent pas.
Jean Kaseya a également annoncé vouloir étendre l’utilisation du remdesivir, un antiviral, à l’ensemble de la RDC. Cette décision s’appuie sur les résultats positifs observés en Ouganda, où le taux de létalité est tombé à 10 %. « C’est principalement parce que les autorités ougandaises ont utilisé le remdesivir pour tous les malades et les cas contacts, » a-t-il expliqué.
Une réponse internationale en retard
L’aide internationale a mis du temps à se mobiliser. Début 2025, les États-Unis avaient suspendu leurs aides sanitaires et médicales, fragilisant considérablement la réponse contre Ebola. Heureusement, le département d’État américain a annoncé fin août une allocation de 242 millions de dollars, portant l’aide directe américaine à 512 millions de dollars. Cette somme permettra enfin à l’OMS et à la CDC de financer leur plan de réponse pour les six premiers mois, estimé à 518 millions de dollars.
Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux dépenses précédentes des États-Unis en matière d’aide humanitaire et sanitaire. Malgré cela, Washington reste le premier contributeur à la lutte contre Ebola, devant l’Union européenne. La mobilisation internationale reste donc un défi majeur pour enrayer cette épidémie avant qu’elle ne dépasse en gravité celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.