Burkina Faso : la rupture diplomatique avec Paris officialisée par la junte

Burkina Faso : la rupture diplomatique avec Paris officialisée par la junte

Burkina Faso : la junte d'Ibrahim Traoré rompt officiellement les relations diplomatiques avec la France

Le Burkina Faso vient de franchir une étape décisive dans ses relations avec la France. Vendredi, par un communiqué lu à la télévision nationale, les autorités de Ouagadougou ont officiellement annoncé la rupture des liens diplomatiques avec Paris, prenant effet immédiatement.

Le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré reproche à la France un « activisme incessant » nuisible aux intérêts burkinabè et des visées « néocoloniales » dans la zone sahélienne.

Cette décision survient après plusieurs années de tensions croissantes entre les deux pays, depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en septembre 2022.

La France regrette une décision « hostile et sans fondement »

Le ministère français des Affaires étrangères a rapidement réagi en exprimant ses « regrets » face à une décision qualifiée d’« hostile et sans fondement ».

Les autorités burkinabè ont précisé que cette rupture concerne uniquement le cadre diplomatique entre les deux États et n’affecte pas les liens humains, culturels et historiques unissant les peuples français et burkinabè.

Une rupture inscrite dans une stratégie engagée depuis 2022

Depuis sa prise de pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a profondément remodelé la diplomatie burkinabè.

En 2023, Ouagadougou avait obtenu le départ des forces françaises présentes sur son territoire, dénoncé les accords de coopération militaire avec Paris et demandé le rappel de l’ambassadeur de France.

Parallèlement, plusieurs médias internationaux, notamment français, ont été suspendus ou interdits d’exercer dans le pays, tandis que des journalistes étrangers étaient contraints de quitter le Burkina Faso.

Une décision qui dépasse le seul Burkina Faso

Cette rupture intervient dans un contexte de recompositions géopolitiques majeures au Sahel.

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, tous trois dirigés par des régimes militaires, ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), affirmant leur volonté de bâtir une coopération régionale indépendante.

Sur le plan intérieur, le régime d’Ibrahim Traoré poursuit un durcissement de sa politique. Ces derniers mois, plusieurs journalistes, membres de la société civile, responsables religieux et organisations étudiantes ont fait l’objet de mesures restrictives dénoncées par des organisations de défense des droits humains.

La rupture des relations diplomatiques avec la France constitue ainsi un tournant majeur dans la politique étrangère du Burkina Faso et pourrait avoir des répercussions durables sur les équilibres diplomatiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.