Branco et Sonko : une relation sous le signe de l’illégalité
Depuis quelques jours, une polémique inédite agite la scène politique sénégalaise. Elle trouve son origine dans une lettre de Juan Branco, avocat et essayiste français, également défenseur de Kemi Seba, adressée à Ousmane Sonko, alors Premier ministre du Sénégal. Cette correspondance, qui aurait fuité sur les réseaux sociaux, met en lumière des demandes pour le moins controversées.
Une commission rogatoire sous pression
Dans son courrier daté du 4 février 2025, Juan Branco expose cinq axes principaux où il sollicite l’intervention de son « cher ami » Ousmane Sonko. Concernant la commission rogatoire émise par un juge espagnol après son enlèvement en Mauritanie, l’avocat demande subtilement au Premier ministre de faire pression sur les autorités judiciaires sénégalaises pour faciliter leur collaboration. Il évoque un prétendu sous-main français dans la gestion de ce dossier, remettant en cause la souveraineté de l’État sénégalais.
Accès aux documents des services de renseignement
Sur le volet des services de renseignement, Branco réclame l’accès à des documents et éléments des services secrets sénégalais le concernant, datant de l’ancien régime de Macky Sall. Il affirme être victime d’un « contre-narratif très puissant » en France, alimentant des procédures disciplinaires et pénales. Il cite notamment une tentative de Kompromat en octobre 2023 impliquant un agent sénégalais. Cette requête d’accès à des documents classifiés pourrait constituer une atteinte au secret de la défense nationale (article 61 du Code pénal sénégalais) et une violation du secret professionnel (article 371).
Ingérence dans une procédure internationale
Dans le dossier de la procédure pénale France-CPI pour crimes contre l’humanité visant l’ancien président Macky Sall, Juan Branco implore une action directe d’Ousmane Sonko, notamment sur le plan financier. Solliciter le Premier ministre pour transmettre des fiches de renseignements hors de toute réquisition judiciaire expose les deux hommes à de graves poursuites pénales. Demander un financement public ou partisan (via le parti PASTEF) pour des procédures privées en France, alors que l’État sénégalais n’est pas partie civile, fait peser un risque de détournement de deniers publics. Cette démarche fragilise la crédibilité des procédures internationales et transforme une quête de justice en une série de transgressions.
Nationalité et fonctions : des demandes controversées
Juan Branco rappelle à Sonko son souhait, exprimé dès mai 2024, de représenter le Sénégal aux Nations Unies à New York. Il estime que sa nomination aurait eu un fort impact symbolique, s’inscrivant dans la ligne souverainiste et panafricaniste du nouveau régime. Constatant qu’un autre diplomate a été choisi, il demande alors l’obtention de la nationalité sénégalaise par décret présidentiel, lui permettant de s’inscrire au barreau et d’enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD). Ces demandes révèlent une tentative de contournement des règles républicaines et corporatistes, exposant Branco à des conflits d’intérêts majeurs.
Questions financières : une comptabilité opaque
Sur le plan financier, Juan Branco déclare avoir perçu 15 000 euros d’honoraires entre 2023 et 2025, dont 2 000 euros de défraiement versés par son confrère sénégalais Maître Bamba Cissé. Il précise que ces sommes ont couvert des dépenses matérielles et des frais de cabinet liés au mandat de représentation confié par le camp Sonko. Cette gestion opaque, sans cadre contractuel avec l’État, expose à des risques de détournement de deniers publics et de non-respect des règles de facturation. La lettre montre un basculement vers une relation transactionnelle, où l’avocat présente la facture de son activisme en insistant sur ses sacrifices personnels (enlèvement, détention) pour exiger une compensation financière.