Sommet de la Cédéao à Freetown : l’ombre des pays de l’AES plane sur les discussions

Sommet de la Cédéao à Freetown : l’ombre des pays de l’AES plane sur les discussions

Mohamed Touré
Salle de conférence préparant un sommet de la Cédéao

La Cédéao se réunit ce dimanche à Freetown, en Sierra Leone, pour son 69ème sommet, mais l’absence remarquée du Mali, du Niger et du Burkina Faso, désormais membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), domine les débats. Face à une organisation régionale affaiblie, les dirigeants ouest-africains devront redéfinir leur stratégie pour préserver la stabilité et la sécurité dans un espace menacé par le terrorisme et les crises politiques.

Drapeaux des pays de l'AES et de la Cédéao illustrant la scission régionale

L’AES, un défi pour la Cédéao ?

Les trois pays ayant quitté la Cédéao forment désormais une alliance distincte, l’AES, qui redessine les contours de la coopération sous-régionale. Alors que les échanges commerciaux et la libre circulation des personnes restent essentiels, les dirigeants devront explorer des pistes pour maintenir un dialogue constructif avec ces voisins stratégiques. La question sécuritaire, notamment la lutte contre le terrorisme, reste un impératif commun malgré les divergences politiques.

Pour un expert de la Cédéao, l’enjeu dépasse le symbolique : « Les défis actuels de l’espace ouest-africain — criminalité organisée, terrorisme, changements politiques, crises climatiques et sanitaires — interpellent les chefs d’État. Ces sujets urgents nécessitent une réflexion approfondie sur l’avenir de la Cédéao et ses mécanismes de gouvernance. »

Force en attente : un outil encore en suspens

Parmi les priorités évoquées lors des préparatifs de ce sommet, la mise en œuvre de la Force en attente de la Cédéao revient systématiquement. Annoncée il y a plusieurs années, cette force régionale devra servir de réponse rapide aux crises sécuritaires et politiques. Les discussions en cours à Freetown visent à accélérer son déploiement, bien que des obstacles logistiques et financiers persistent.

Michel Ange Bangoura, représentant guinéen pour la coopération avec la Cédéao, souligne : « Les textes institutionnels sont prêts, mais il manque désormais les moyens concrets. Chaque pays doit contribuer au moins d’une compagnie, et un état-major doit être désigné. Ces éléments pourraient être finalisés lors de ce sommet. »

Interrogé sur une date potentielle, il ajoute : « Les discussions actuelles laissent penser à un déploiement imminent, ne serait-ce que pour un regroupement symbolique dans un pays à désigner. »

En parallèle, les réformes institutionnelles de la Cédéao seront au cœur des échanges. L’organisation doit regagner la confiance des populations après des années de crises politiques et de coups d’État en cascade, qui ont érodé sa crédibilité.