Libreville – Depuis des années, les pays riches en ressources naturelles font face à un défi persistant : extraire des richesses du sous-sol tout en laissant la majeure partie des bénéfices s’échapper hors des frontières. Le Gabon a décidé de briser ce cycle en transformant sa richesse minière en un levier de développement économique local.
Sous l’égide de Zénaba Gninga Chaning, ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, une stratégie ambitieuse a été lancée pour renforcer le contenu local. L’objectif ? Faire en sorte que les activités minières, portées notamment par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) et le groupe Eramet, génèrent plus d’emplois, de compétences et de valeur ajoutée pour les Gabonais.
Passer d’une logique d’extraction à une dynamique de transformation
Le défi ne se limite plus à extraire du minerai. Il s’agit désormais de créer un écosystème où les entreprises locales, les compétences nationales et les industries domestiques profitent pleinement de cette richesse. Le Gabon souhaite ainsi réduire sa dépendance aux importations tout en développant une véritable souveraineté économique.
Cette approche innovante, inspirée du Design Thinking, repose sur une collaboration étroite entre les acteurs publics, les banques, les PME et les centres de formation. L’idée est de construire des solutions adaptées aux réalités du terrain, plutôt que d’imposer des mesures descendantes.
Les freins à surmonter pour un contenu local efficace
Malgré les progrès enregistrés, plusieurs obstacles entravent encore l’émergence d’un tissu économique local dynamique. L’accès au financement, les lourdeurs administratives, le manque de visibilité sur les opportunités et les lacunes en matière de formation technique restent des défis majeurs. Les participants à cette réflexion ont insisté sur la nécessité de simplifier les procédures et d’améliorer l’environnement des affaires.
Des résultats encourageants, mais une ambition à amplifier
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Comilog collabore aujourd’hui avec 780 fournisseurs locaux, dont près de 75 % sont des entreprises gabonaises. Plus de 37 % des achats de l’entreprise sont réalisés au niveau national, injectant près de 56,8 milliards de francs CFA dans l’économie locale. Ces partenariats génèrent également plus de 3 000 emplois directs.
Cependant, l’ambition est bien plus grande. Le Gabon vise à augmenter significativement la part des richesses créées et conservées localement, à renforcer les capacités des PME, à créer des milliers d’emplois qualifiés supplémentaires et à promouvoir des partenariats durables entre le secteur public et privé.
Un projet national au-delà du secteur minier
Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large : faire du Gabon un pays où les ressources naturelles ne servent pas uniquement à alimenter les économies étrangères, mais deviennent le socle d’une prospérité partagée. En misant sur l’innovation, la formation et la coopération, le pays se positionne comme un acteur clé dans la transformation des matières premières en opportunités durables.
Dans un contexte où les matières premières critiques prennent une importance géopolitique croissante, le Gabon a choisi une voie audacieuse. Et si le vrai succès ne résidait pas dans l’extraction, mais dans la capacité à transformer ces ressources en emplois, en savoir-faire et en croissance inclusive ?