Sénégal : le contrat ASER-AEE Power au cœur des tensions politiques
Au Sénégal, le partenariat entre l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) et l’entreprise espagnole AEE Power resurgit comme un sujet brûlant à Dakar. Thierno Alassane Sall, président du parti La République des valeurs et député, dénonce une duplicité du pouvoir en place, notamment du parti Pastef. Ce dernier, qui avait critiqué ce contrat pendant sa campagne, se retrouve désormais en position de le gérer, ce qui suscite des interrogations sur la cohérence de sa politique énergétique.
L’électrification rurale, un dossier sous haute tension
Ce contrat phare, destiné à connecter des milliers de villages sénégalais au réseau électrique national, cristallise les tensions. Les modalités d’exécution, les versements effectués et les livraisons promises alimentent les controverses depuis des mois. Pourtant, le débat a pris une tournure politique lorsque des membres de Pastef, avant leur arrivée au pouvoir, avaient dénoncé ce marché comme un symbole de mauvaise gestion sous l’ancien régime.
Une fois aux responsabilités, ces mêmes responsables doivent désormais assumer cet héritage contractuel. Thierno Alassane Sall souligne cette contradiction : les promesses de transparence et d’audit systématique semblent s’estomper face à la réalité de la gestion de ce dossier.
Pastef face à ses propres contradictions
Ancien ministre de l’Énergie, Thierno Alassane Sall n’hésite pas à pointer du doigt le parti au pouvoir pour son double discours. Il rappelle que Pastef avait promis un audit rigoureux des contrats opaques, mais adopte aujourd’hui une approche plus mesurée face à AEE Power. Selon lui, cette incohérence affaiblit la crédibilité de la promesse d’alternance portée depuis mars 2024.
Le député exige des clarifications sur les zones d’ombre persistantes : calendrier de résiliation, pénalités éventuelles et paiements déjà réalisés. Il insiste pour que l’Assemblée nationale, en tant qu’instance souveraine, tranche officiellement ce différend qui engage la réputation du Sénégal sur la scène internationale.
Un enjeu stratégique pour l’énergie et l’attractivité du Sénégal
Au-delà des querelles politiques, ce dossier soulève des questions cruciales pour le secteur énergétique sénégalais. L’électrification rurale, un projet estimé à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, est indispensable pour réduire les disparités d’accès à l’électricité entre les territoires. Une rupture brutale du contrat pourrait exposer l’État à des procédures d’arbitrage coûteuses, comme en témoignent d’autres litiges traités devant le Cirdi ces dernières années.
Pour les partenaires financiers et les investisseurs étrangers, la gestion de ce contentieux par les nouvelles autorités servira de baromètre. Une résolution transparente renforcerait la confiance dans la signature souveraine du Sénégal. À l’inverse, une approche perçue comme politique pourrait dissuader les bailleurs et compliquer l’accès aux financements futurs pour les projets énergétiques.
La prise de parole de Thierno Alassane Sall s’inscrit dans un contexte où l’exécutif met l’accent sur la reddition des comptes vis-à-vis de l’ancienne majorité. En pointant les contradictions de Pastef sur ce contrat, l’opposant recentre le débat sur les pratiques actuelles du pouvoir. La suite des événements dépendra des documents que la commission parlementaire compétente rendra publics et des prises de position officielles de l’ASER dans les prochaines semaines. Le député maintient fermement sa demande de transparence totale sur ce dossier sensible.