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Sécurité au Burkina Faso : la doctrine d’Ibrahim Traoré peut-elle tenir dans la durée ?
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Le JNIM a revendiqué, le vendredi 25 septembre au soir, la prise de plusieurs positions tenues par des milices burkinabè à Silmossin, non loin de Dédougou. Une annonce qui, même non vérifiée, relance une interrogation de fond : la stratégie sécuritaire déployée par le capitaine Ibrahim Traoré depuis son arrivée au pouvoir est-elle réellement en mesure d’inverser la tendance ? Le même jour, le groupe armé affirmait avoir conquis deux autres positions, à Aoréma et à Klio, dans le nord du pays, utilisées par l’armée burkinabè et par les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).

Une accumulation de revendications qui interpelle

Au-delà de la véracité de chaque communiqué pris isolément, c’est bien la répétition des annonces qui pose problème. Elle vient nourrir une question lancinante : quelle est la portée réelle de la doctrine de reconquête mise en avant par Ouagadougou ?

Depuis plusieurs années, les autorités burkinabè érigent en piliers d’une nouvelle approche la reprise du territoire national, le renforcement des forces régulières et la mobilisation massive des VDP. Or l’efficacité d’un dispositif militaire ne se juge pas au nombre d’hommes alignés, d’opérations annoncées ou de localités présentées comme reconquises. Elle se mesure à la capacité de l’État à s’y maintenir dans la durée, à protéger les habitants, à sécuriser les routes et à empêcher les groupes armés de réinvestir les zones reprises.

Tenir le terrain : là où le bât blesse

C’est précisément sur ce second volet que les difficultés s’accumulent.

Des supplétifs utiles mais exposés

L’appel massif aux VDP a permis d’étendre le maillage défensif. Il place toutefois des combattants non professionnels sur des positions particulièrement vulnérables. Les travaux consacrés aux modes opératoires du JNIM insistent sur des facteurs déterminants : le renseignement, la mobilité, la logistique, la surveillance des axes, la coordination entre unités et, surtout, l’aptitude à conserver durablement les points avancés.

Le nœud du problème dépasse donc le cadre d’une bataille gagnée ou perdue. Reprendre une localité ne signifie pas rétablir pour autant l’autorité de l’État. Une zone réellement sécurisée est celle où l’administration fonctionne, où les écoles rouvrent, où les marchés retrouvent leur activité, où les paysans regagnent leurs champs et où les déplacés peuvent rentrer.

Le retour de l’État, test décisif du bilan

C’est sur ce terrain que le bilan sécuritaire du régime Traoré demande à être scruté sans complaisance.

Depuis sa prise du pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a placé la souveraineté, la mobilisation populaire et la reconquête militaire au cœur de son discours. La communication officielle met régulièrement en avant les succès des forces nationales. Mais tant que des groupes armés continuent de revendiquer des attaques contre des positions militaires ou des VDP, ces annonces doivent être confrontées à ce que l’on observe concrètement sur le terrain.

Une reconnaissance venue du sommet de l’État

Fait notable : le ministre burkinabè des Affaires étrangères évoquait encore le 25 septembre la nécessité de tirer les enseignements de ce qui « n’a pas marché jusque-là », en insistant sur la prévention du recrutement des jeunes par les groupes terroristes. Cette prise de parole en dit long : même au sommet de l’exécutif, la réponse exclusivement militaire apparaît insuffisante.

Face au JNIM, un adversaire qui apprend vite

Le Burkina Faso doit en effet composer avec une insurrection particulièrement adaptable. Le JNIM a bâti des capacités en matière de mobilité, de renseignement, de financement et d’usage de nouvelles technologies, tout en maintenant une pression constante sur les forces de sécurité comme sur les populations civiles. Des observateurs spécialisés relèvent l’évolution des tactiques jihadistes, le recours croissant aux drones et la difficulté qu’éprouvent les États du Sahel à empêcher durablement les groupes armés de revenir dans certains espaces.

Dépasser le simple discours de victoire

L’enjeu, pour Ibrahim Traoré, n’est donc plus seulement de produire un récit de victoire. Il s’agit de démontrer, chiffres et résultats à l’appui, que la stratégie engagée depuis 2022 réduit effectivement la violence et restaure l’autorité de l’État. La communication politique peut annoncer des avancées ; le terrain, lui, impose une autre exigence, celle de la sécurité durable des populations.

Si les revendications du JNIM à Silmossin devaient être confirmées, elles constitueraient un nouveau signe de fragilité des positions avancées. Mais avant même toute confirmation, la multiplication des annonces visant des positions burkinabè soulève une question légitime : pourquoi certaines zones restent-elles si difficiles à sécuriser alors que les effectifs, les équipements et les moyens consacrés à la lutte antiterroriste augmentent ?

Quels critères pour juger un bilan sécuritaire ?

C’est là que se joue le véritable examen. Le débat ne devrait pas se réduire aux slogans, aux images d’opérations ou aux déclarations de victoire. Il doit s’appuyer sur des indicateurs vérifiables :

  • des territoires sécurisés de manière durable ;
  • le nombre d’attaques visant les civils ;
  • les pertes subies par les forces armées ;
  • la liberté de circulation sur les axes routiers ;
  • le retour effectif des déplacés ;
  • le fonctionnement des services publics ;
  • la capacité des forces nationales à tenir les positions reprises.

Faute de données transparentes permettant de suivre ces éléments, l’écart entre le discours officiel et les informations remontant du terrain continuera d’alimenter les doutes.

Dans une guerre menée contre des groupes armés, ce ne sont pas les slogans qui tranchent le débat. Ce sont les résultats obtenus dans la durée, sur le terrain.

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