Olympe Bhêly-Quenum à 100 ans : quel héritage pour les lettres béninoises ?

Un siècle de vie, et une empreinte qui refuse de s’effacer. Olympe Bhêly-Quenum, né le 20 septembre 1926 à Ouidah, vient de franchir le cap du centenaire. Mais que signifie vraiment une telle longévité pour la littérature béninoise et pour les lettres d’expression française du continent ? La question s’impose, tant l’écrivain, journaliste et critique littéraire a accompagné, raconté et nourri plus d’un demi-siècle de création africaine.
Pourquoi son itinéraire résume-t-il un siècle de littérature béninoise ?
Figure de proue de la création littéraire francophone de la seconde moitié du XXe siècle, Olympe Bhêly-Quenum reste l’un des rares auteurs à avoir traversé les époques sans jamais renoncer à ses racines. Son œuvre, à la fois ancrée dans le réel et ouverte au mystère, continue d’être étudiée dans les lycées et les universités du continent.
Une enfance façonnée par le sacré et la mémoire du Dahomey
Gléxwé, un berceau spirituel et culturel
C’est à Gléxwé, autre nom de Ouidah, haut lieu du culte Vodoun, que le jeune Olympe grandit. Élevé par une mère Grande Prêtresse du Vodoun, au sein d’une famille noble étroitement liée à l’histoire du royaume du Dahomey, il hérite très tôt d’un double bagage : celui des traditions et celui du sacré. Cet enracinement marquera durablement sa production artistique, où se croisent le mysticisme africain, le réalisme social et la présence constante de l’invisible.
L’école, puis la France
Après une scolarité menée au Bénin, il poursuit ses études en France. Ce passage entre deux mondes nourrira son regard de passeur, à la fois témoin de sa culture d’origine et observateur attentif des mutations de son temps.
Quelles œuvres ont construit sa renommée ?
Sa bibliographie s’impose comme l’une des plus marquantes de sa génération, avec des textes devenus des références :
- Un piège sans fin (1960) : son premier roman, un drame poignant consacré au destin et à la condition humaine, aujourd’hui étudié dans les lycées et universités africains.
- Le Chant du lac (1965) : couronné du Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 1966, ce récit explore la tension entre le progrès, la rupture démystificatrice et les croyances ancestrales autour du lac Nokoué.
- La Naissance d’Abikou (1998) : un voyage littéraire autour de la figure mythique de l’enfant-esprit dans la cosmogonie yoruba et fon.
Un défricheur de la presse culturelle africaine
De La Vie Africaine à L’Afrique Actuelle
Romancier et nouvelliste reconnu, Olympe Bhêly-Quenum a aussi mené un combat de pionnier pour la presse culturelle du continent. Directeur et rédacteur en chef de La Vie Africaine, puis fondateur de L’Afrique Actuelle, il a joué le rôle de trait d’union intellectuel entre les auteurs africains et le reste du monde. Sa ligne n’a jamais varié : revaloriser le patrimoine africain et lui rendre la place qu’il mérite dans le débat universel.
Cent ans après, quelle trace laisse-t-il aux jeunes générations ?
En célébrant son centenaire, le doyen des lettres béninoises offre bien plus qu’un anniversaire à commémorer. Il laisse un héritage vivant et une plume toujours active, capable d’inspirer les écrivains qui prennent aujourd’hui la relève. Reste une question, la plus importante peut-être : les nouvelles générations sauront-elles faire de cet héritage un point d’appui plutôt qu’un simple monument ?