Maroc-France : un traité d’amitié aux ambitions multiples

Cette initiative témoigne de la volonté commune de bâtir un accord ancré dans des intérêts stratégiques durables. Les deux capitales souhaitent créer, toutes proportions gardées, un équivalent du traité de l’Élysée signé en 1963 entre la France et l’Allemagne.

La commission spéciale n’a pas pour mandat de négocier le texte final – cette prérogative revient aux gouvernements – mais d’élaborer des recommandations. Celles-ci portent sur les principes directeurs du partenariat, les priorités stratégiques à l’horizon 2035-2040, les mécanismes de dialogue politique, ainsi que les axes de coopération dans les domaines économique, sécuritaire, militaire, universitaire et culturel.

Une question préalable se pose : pourquoi un traité d’amitié ? Il remplacera l’accord dit de La Celle-Saint-Cloud, signé le 6 novembre 1955, qui a jeté les bases du retour à l’indépendance du Maroc et de la fin du protectorat, officialisé le 2 mars 1956. C’est sur ce fondement que Paris a autorisé le retour du sultan Mohammed V, exilé en 1953.

L’objectif est aujourd’hui de consolider les acquis d’une coopération privilégiée, voire exceptionnelle, tout en posant les jalons stratégiques d’une relation d’égal à égal, inscrite dans la durée.

Quatre grands piliers se dégagent. Le premier est économique : la France s’engage à réaliser des investissements majeurs dans les secteurs marocains de l’automobile, du ferroviaire, de la défense et du transport maritime, et à accompagner leur modernisation via des technologies de pointe.

De son côté, Rabat propose un accès préférentiel aux entreprises françaises dans les grands projets d’infrastructure, assorti d’incitations fiscales.

«Ce traité d’amitié lierait la France à un État non membre de l’Union européenne, alors que l’Algérie n’a jamais réussi à finaliser un accord similaire depuis plus de deux décennies, malgré plusieurs tentatives sous les présidences de Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, puis d’Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune.»

Le deuxième pilier touche à la sécurité et à l’industrie de défense : transferts de technologies militaires pour faire du Maroc un centre régional de production d’équipements légers et lourds (aviation, munitions, véhicules blindés), élargissement des programmes conjoints de formation et d’entraînement, renforcement de la coordination en matière de renseignement pour relever les défis sécuritaires régionaux, notamment au Sahel.

Le troisième pilier est culturel : maintien de la place privilégiée du français dans le système éducatif, promotion de la francophonie sans entraver l’ouverture à l’anglais, facilitation de l’accès des étudiants marocains aux universités françaises (plus de 42 000 actuellement), extension du réseau des instituts culturels français et création de nouveaux établissements scolaires, y compris dans les provinces du Sud.

Le dernier pilier relève de la géopolitique et de la stratégie. Paris soutient les intérêts supérieurs du Maroc : appui au plan d’autonomie pour le Sahara, validé par le Conseil de sécurité (résolution 2797 du 31 octobre 2025), soutien au sein des institutions européennes, défense des intérêts marocains dans l’agriculture, la pêche et les cadres de coopération bilatérale et multilatérale.

En retour, la France espère pouvoir compter sur le Maroc pour participer à de nouvelles alliances stratégiques en Afrique de l’Ouest, où elle a progressivement perdu de l’influence. L’objectif est de tirer parti de la position du Royaume en tant que hub régional.

En définitive, ce traité revêt une portée symbolique et diplomatique majeure. Il lierait la France à un État non membre de l’Union européenne, alors que l’Algérie n’a jamais abouti à un accord similaire en vingt ans, malgré plusieurs tentatives.

Le Maroc s’affirme désormais comme une puissance régionale, un hub économique et un acteur clé sur les questions énergétiques, logistiques et sécuritaires. Ce traité pourrait ainsi servir de matrice pour réarticuler les formes de coopération entre l’Europe et l’Afrique.