Le Mali peut-il encore parler de souveraineté 66 ans après son indépendance ?

Soixante-six ans après avoir accédé à la souveraineté internationale, le Mali célèbre ce mardi 22 septembre 2026 un anniversaire qui ressemble davantage à une épreuve qu’à une fête populaire. Une interrogation traverse tout le pays : à quoi sert encore une indépendance proclamée si l’État peine à garantir la sécurité de ses citoyens, la stabilité de son économie et la maîtrise de sa propre défense ? Loin des discours officiels, la commémoration se déroule sous une pression sécuritaire maximale, dans un climat où l’écart entre les annonces et le quotidien des Maliens ne cesse de se creuser.
Une commémoration 2026 à l’épreuve du réel
Plus de six décennies après les proclamations de 1960, l’heure n’est plus aux défilés triomphants. Le pays traverse une crise multidimensionnelle — sécuritaire, économique et diplomatique — qui pèse sur chaque célébration nationale. L’édition de cette année illustre parfaitement cette tension : tandis que les autorités de la Transition mettent en avant la souveraineté retrouvée et la « montée en puissance » des Forces Armées Maliennes (FAMa), la situation sur le terrain raconte une toute autre histoire.
Que reste-t-il de l’autorité de l’État sur le territoire malien ?
La carte sécuritaire du pays demeure profondément préoccupante. L’extension des attaques menées par la coalition djihadiste du JNIM, conjuguée aux actions des insurgés autonomistes du Nord, continue d’affaiblir des pans entiers du territoire national.
Ces derniers mois, des garnisons stratégiques du centre et du nord ont payé un tribut particulièrement lourd, à l’image des assauts sanglants lancés contre Dioura et contre les positions de Sévaré. Sur les axes routiers qui conduisent vers la capitale, les blocus intermittents asphyxient l’économie des régions intérieures et compliquent l’approvisionnement des populations locales.
La carte russe a-t-elle réellement pacifié le pays ?
L’anniversaire intervient aussi au moment où le modèle sécuritaire retenu par Bamako révèle ses limites stratégiques. L’engagement des troupes paramilitaires russes d’Africa Corps, successeurs du groupe Wagner, censé garantir une pacification rapide, s’est mué en une coûteuse guerre d’usure.
Depuis leurs déploiements, les pertes enregistrées dépasseraient les 350 combattants russes, un bilan alourdi par des revers majeurs tels que la bataille de Tinzawatène et les embuscades répétées de la rentrée 2026. Le poids de cette coopération se fait durement sentir : chaque mois, des dizaines de milliards de FCFA sont engloutis dans l’entretien de ce dispositif militaire privé, alors que les armées républicaines, elles, manquent de soutien logistique direct.
Le prix silencieux payé par les ménages maliens
Pour la population, le 66ᵉ anniversaire de l’indépendance est également assombri par la dégradation continue des conditions de vie. Trois facteurs concentrent les difficultés du quotidien :
- Une inflation galopante sur les denrées de première nécessité, du riz à l’huile en passant par le sucre ;
- Des coupures d’électricité chroniques gérées par la société nationale EDM-SA, qui paralysent les PME et fragilisent les ménages ;
- La rupture consommée avec les organisations sous-régionales comme la CEDEAO et l’isolement diplomatique du pays, qui accentuent la rareté des devises étrangères.
Un discours d’unité confronté aux faits
Dans son adresse traditionnelle à la Nation, le président de la Transition a réitéré ses appels à l’unité et à la défense de la souveraineté nationale au sein de la Confédération des États du Sahel (AES). Mais sur le terrain, le scepticisme progresse face à une promesse de « Mali Kura », le Mali nouveau, qui tarde à se traduire par la paix.
Cette séquence s’inscrit dans une actualité sahélienne où la coopération entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger structure désormais une bonne part des choix politiques et sécuritaires de la région.
66 Ans après : quel horizon pour le Mali ?
Le défi majeur du pays reste finalement inchangé : bâtir une stabilité durable, rétablir l’autorité républicaine sur l’ensemble du territoire national et offrir à sa population une prospérité économique affranchie des tutelles de défense privées. Tant que ces trois chantiers resteront en suspens, chaque anniversaire de l’indépendance posera la même question, un peu plus pressante d’année en année.