Alliance Sahel

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Le discours d’Assimi Goïta résiste-t-il à l’épreuve des faits au Mali ?

À l’occasion de la fête d’indépendance, le général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition, a livré un discours à la Nation aux accents triomphants. Promesses de croissance, montée en puissance de l’armée, souveraineté retrouvée : l’exécutif a déroulé sa grille de lecture habituelle. Mais une question déterminante pour l’avenir du pays s’impose : ce récit officiel résiste-t-il à l’épreuve des faits et au quotidien des Maliens ?

L’armée malienne peut-elle réellement revendiquer la maîtrise du territoire ?

Dans son adresse, la Présidence présente des Forces armées maliennes (FAMa) « réorganisées, équipées et victorieuses », capables d’agir en synergie avec leurs partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Des annonces qui ignorent la dégradation sécuritaire

Le discours ne dit rien de l’extrême détérioration sécuritaire dans le centre et le nord du Mali. Les attaques d’envergure du JNIM ou des indépendantistes — comme le désastre stratégique subi à Tinzawatène ou les assauts contre des garnisons clés, notamment Dioura et Sévaré — montrent que l’armée peine à sécuriser les axes vitaux et les populations rurales.

Une souveraineté militaire à double tranchant

Alors que le pouvoir met en avant une « autonomie retrouvée », la dépendance opérationnelle au contingent paramilitaire russe Africa Corps, ex-Wagner, s’est renforcée. Cette relation s’accompagne de lourdes concessions financières et minières, au détriment de la construction d’une véritable armée républicaine.

La croissance annoncée se traduit-elle dans le quotidien des ménages ?

L’allocution évoque un taux de croissance supérieur à 5 % ou 6 %, porté par la mobilisation des ressources internes et les effets des réformes du code minier.

Une inflation qui étouffe les Maliens

À Bamako comme en province, la théorie macroéconomique ne masque plus la flambée des prix des produits de première nécessité — riz, huile, sucre — et du carburant. Pour la majorité des citoyens, la pression sur le pouvoir d’achat reste le principal sujet.

Électricité : l’amélioration promise face aux coupures

Si le discours parle d’une « amélioration de la desserte en électricité », les ménages et les PME vivent toujours avec les coupures récurrentes de la société nationale EDM-SA. Ces délestages paralysent l’économie informelle et la production locale.

Les recettes minières servent-elles vraiment au peuple ?

La redistribution des fonds miniers vantée par les autorités contraste avec l’affectation massive des recettes publiques et des licences d’exploitation au règlement des factures du partenaire paramilitaire étranger.

Quel dialogue national dans un espace civique verrouillé ?

Le président de la Transition a réaffirmé son appel à la « réconciliation » et à la « cohésion nationale » dans le cadre de la Charte pour la paix.

Un appel au rassemblement, des voix étouffées

Cet appel intervient pourtant dans un contexte de musellement inédit des critiques. Acteurs politiques, journalistes, défenseurs des droits humains et figures de la société civile font l’objet de poursuites, de détentions ou d’intimidations systématiques dès qu’ils contestent la gestion de la Transition.

La rupture avec les acteurs du Nord

La dénonciation unilatérale des accords de paix antérieurs et le choix du tout-militaire ont enterré les mécanismes de médiation inclusive. Le dialogue cède la place à un enlisement belliqueux.

Le « Malikura » peut-il encore masquer le fossé avec les provinces ?

En privilégiant la communication politique sur l’épreuve des faits, le discours officiel peine à cacher les fissures d’un modèle de gouvernance sous tension. Entre l’autosatisfaction affichée dans les salons du Koulouba et l’insécurité grandissante qui pèse sur les provinces, l’écart se creuse entre les promesses du « Malikura » et le vécu quotidien du peuple malien.