Le Cameroun peut-il retrouver son système fédéral ?
Le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute lors de l'ouverture du Dialogue national à Yaoundé en 2019

Un débat historique qui ressurgit au Cameroun

Le Cameroun, pays aux deux visages linguistiques et culturels, se trouve aujourd’hui face à une question fondamentale : le retour à un système fédéral peut-il apaiser les tensions qui déchirent le pays depuis des années ? Cette interrogation, loin d’être nouvelle, s’impose avec une urgence renouvelée alors que les provinces anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continuent de subir les conséquences d’un conflit qui dure depuis près de cinq ans.

Le Dialogue national de 2019, présidé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, avait été présenté comme une opportunité unique pour rétablir le dialogue et proposer des solutions durables. Pourtant, malgré les attentes, cette initiative n’a pas permis de faire avancer significativement la cause des séparatistes, dont les principaux représentants ont choisi de boycotter la rencontre. Comment un pays peut-il espérer tourner la page d’une crise sans l’implication de ceux qui en sont les acteurs principaux ?

Les racines d’un système fédéral controversé

Le Cameroun a connu une période fédérale entre 1961 et 1972, un héritage de l’époque où il s’est uni au Nigeria pour former une République fédérale. Cette structure permettait aux deux régions anglophones et aux huit régions francophones de coexister au sein d’un même État, tout en conservant une certaine autonomie. Pourtant, en 1972, un référendum a conduit à l’adoption d’un régime unitaire, supprimant ainsi les fondements mêmes du fédéralisme.

Depuis, le débat sur le retour à un système fédéral n’a jamais vraiment disparu. Les partisans d’un Cameroun fédéral estiment que cette organisation pourrait offrir une meilleure gestion des ressources et une reconnaissance accrue des spécificités locales. Pour les anglophones, en particulier, le fédéralisme représente une solution pour préserver leur identité culturelle et linguistique, menacée par la domination francophone dans l’administration et l’économie.

Les défis d’un retour au fédéralisme

Si l’idée d’un Cameroun fédéral séduit une partie de la population, sa mise en œuvre soulève de nombreux défis. Tout d’abord, la question de la répartition des pouvoirs entre le gouvernement central et les régions fédérées reste épineuse. Comment garantir une autonomie suffisante aux provinces anglophones sans affaiblir l’unité nationale ?

Ensuite, il y a le problème des ressources financières. Les régions riches en pétrole, comme le Sud-Ouest, pourraient se retrouver en position de force, tandis que d’autres, moins dotées, risquent de dépendre davantage de l’État central. Cette disparité économique pourrait exacerber les tensions plutôt que les apaiser.

Enfin, le retour à un système fédéral nécessiterait une réforme constitutionnelle majeure, un processus long et complexe qui pourrait diviser encore davantage une classe politique déjà polarisée. Sans un consensus solide, toute tentative de réforme risquerait de s’enliser dans des querelles interminables.

Les alternatives à un Cameroun fédéral

Face aux difficultés que représente un retour pur et simple au fédéralisme, d’autres pistes sont envisagées pour résoudre la crise. Certains experts proposent une décentralisation renforcée, offrant aux régions une plus grande autonomie dans la gestion de leurs affaires locales, sans pour autant abandonner le système unitaire actuel.

Une autre option serait la mise en place d’un statut spécial pour les provinces anglophones, leur accordant des droits particuliers en matière de langue, de culture et d’administration. Cette solution, déjà expérimentée dans d’autres pays africains, pourrait offrir un compromis acceptable pour toutes les parties.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : le statu quo n’est plus une option. Le Cameroun doit trouver une solution rapide et durable pour mettre fin à la crise qui mine son développement et son unité nationale. Le temps presse, et chaque jour sans avancée est un jour de plus dans l’impasse.

Les figures clés du débat

  • Ahmadou Ahidjo : Premier président du Cameroun unifié, il a joué un rôle central dans la transition vers le système unitaire en 1972. Son héritage reste un sujet de controverse parmi ceux qui souhaitent revenir à un système plus décentralisé.
  • Paul Biya : En poste depuis 1982, le président actuel incarne la continuité d’un système unitaire qu’il a largement contribué à consolider. Son refus de céder à certaines revendications fédéralistes alimente les tensions dans les régions anglophones.