Kinshasa porte plainte contre Kigali devant la Cour internationale de justice
La République démocratique du Congo a officiellement saisi la Cour internationale de justice (CIJ) pour dénoncer le soutien du Rwanda aux groupes armés, en particulier l’AFC-M23, qui opèrent dans l’est du pays.
Cette action en justice intervient à l’approche du premier anniversaire de l’accord de paix signé à Washington entre la RDC et le Rwanda, le 27 juin 2025. Malgré cet engagement censé mettre fin aux hostilités dans l’est congolais, les combats se poursuivent entre l’armée congolaise et les rebelles de l’AFC-M23, que Kigali est accusé d’appuyer.
Parallèlement, les États-Unis ont imposé des sanctions à plusieurs responsables rwandais impliqués dans le trafic illégal de minerais extraits des zones sous contrôle rebelle.
Un accord de paix resté lettre morte
Kinshasa et Kigali avaient promis de collaborer pour rétablir la paix dans l’est de la RDC, où les rebelles de l’AFC-M23 occupent de vastes territoires depuis plus d’un an. Mais sur le terrain, aucune amélioration notable n’est constatée.
« On espérait qu’après la signature de cet accord, la situation s’améliore, que les banques rouvrent, que les aéroports reprennent leurs activités. Malheureusement, on vit toujours la même misère », témoigne un habitant de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu.
« On se demande si la notoriété des États-Unis a encore du poids aujourd’hui. Pourquoi la politique appliquée chez eux ne peut-elle pas l’être envers nos voisins qui nous agressent ici, en RDC ? », s’interroge un autre résident de la même ville. Un troisième ajoute : « Jusqu’à présent, rien ne fonctionne. À chaque rencontre, ils affichent de bonnes intentions, mais sur le terrain, la guerre continue. »
Kigali sous le coup de sanctions et d’une procédure judiciaire
La RDC accuse le Rwanda de soutenir depuis près de trois décennies des groupes armés responsables de graves violations des droits de l’homme dans l’est du pays. Kinshasa a donc saisi la CIJ pour exiger des réparations pour les victimes et faire reconnaître la responsabilité de Kigali.
De leur côté, les États-Unis ont sanctionné la raffinerie rwandaise Gasabo Gold, ses dirigeants et plusieurs sociétés minières impliquées dans le trafic de minerais issus des zones contrôlées par l’AFC-M23 dans l’est de la RDC. Selon Washington, ce trafic finance directement les activités de la rébellion. Cependant, certains analystes doutent de l’efficacité de ces mesures.
« L’impression générale est que ces sanctions ne suffisent pas à modifier les calculs stratégiques des acteurs concernés. Tant que le coût de l’affrontement reste inférieur à celui des concessions, les parties préfèrent le statu quo qui leur est favorable », analyse Yvon Muya, expert en études des conflits à l’Université Saint-Paul d’Ottawa, au Canada.
Vers une escalade militaire redoutée
La paix est loin d’être revenue, et les échanges de tirs sont quasi quotidiens dans certaines localités. Le professeur Bob Kabamba, de l’Université de Liège en Belgique, estime que les belligérants se préparent à une nouvelle confrontation.
« C’est durant cette période que chaque partie tente de se réorganiser, de se réarmer et de se préparer à ce que l’on pourrait appeler la bataille décisive : soit le gouvernement récupère les territoires conquis par la rébellion, soit la rébellion progresse vers le Katanga et met en difficulté le régime de Kinshasa », explique-t-il.
Depuis plus d’un an, les rebelles de l’AFC-M23 occupent Goma, Bukavu et plusieurs autres localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements se poursuivent, aggravant la crise humanitaire qui touche des milliers de déplacés.