Libreville — Le Gabon et la Mauritanie viennent d’écrire une nouvelle page de leur coopération, mais aussi de l’histoire de la Francophonie. Une audience entre le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et l’émissaire mauritanienne Messouda Baham Mohamed Laghdaf, porteuse d’un message personnel du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a révélé une volonté commune de peser davantage sur l’avenir d’une organisation qui compte près de 90 États.
Cette visite à Libreville, bien plus qu’un simple échange protocolaire, s’inscrit dans une stratégie diplomatique à double volet. D’un côté, le renforcement des liens bilatéraux entre les deux nations, de l’autre, une campagne discrète mais déterminante pour influencer la gouvernance future de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
La Mauritanie mise sur une candidature africaine ambitieuse
Au cœur de cette rencontre, l’annonce officielle de la candidature de la docteure Koumba Ba au poste de secrétaire générale de l’OIF. Une candidature portée par Nouakchott et fondée sur trois piliers : cohérence, équilibre et utilité concrète pour les États membres. Une vision qui répond aux attentes croissantes des pays francophones, notamment africains, pour une organisation plus opérationnelle et moins symbolique.
En effet, la Francophonie n’est plus seulement un outil culturel ou linguistique. Les défis qui s’imposent à elle sont désormais multiples : transition numérique, formation des jeunes, développement économique, sécurité alimentaire, climat, intelligence artificielle et souveraineté technologique. Autant de priorités que la Mauritanie souhaite voir intégrées dans les missions de l’OIF.
Libreville, acteur clé d’une diplomatie africaine renouvelée
Le Gabon, sous l’impulsion de Brice Clotaire Oligui Nguema, s’affirme comme un partenaire incontournable dans la construction d’une Francophonie tournée vers l’action. Depuis son arrivée au pouvoir, le président gabonais a multiplié les initiatives pour repositionner son pays sur la scène régionale, en misant sur le dialogue et la coopération.
Lors de cette audience, il a réaffirmé son attachement à une gouvernance concertée et au consensus, une position qui renforce l’influence de Libreville dans les enceintes africaines. Cette rencontre avec la délégation mauritanienne illustre parfaitement cette dynamique : une volonté de renforcer les relations bilatérales, notamment sur les plans environnemental, économique et éducatif.
L’Afrique, future architecte de la Francophonie
Cette séquence diplomatique dépasse largement les frontières du Gabon et de la Mauritanie. Avec plus de 60 % des francophones vivant aujourd’hui en Afrique — un chiffre qui pourrait atteindre 85 % d’ici 2050 — le continent est devenu le cœur battant de la Francophonie. Une réalité démographique qui impose une révision en profondeur des équilibres institutionnels.
Plusieurs États africains revendiquent désormais une représentation accrue au sein de l’OIF et une réorientation des priorités pour que l’organisation serve mieux leurs intérêts. La candidature de Koumba Ba s’inscrit dans cette logique : une Francophonie recentrée sur les besoins réels des populations, capable d’accompagner le développement, l’innovation et la coopération régionale.
Cette audience à Libreville marque donc un tournant. Elle révèle une recomposition silencieuse des rapports de force au sein de l’espace francophone, où l’Afrique n’est plus un acteur passif, mais un leader en devenir. Le Gabon, en accueillant cette démarche, confirme son ambition de jouer un rôle central dans la définition des nouvelles architectures de coopération du continent.
Dans cette bataille d’influence, une question centrale se pose désormais : quelle Afrique souhaite façonner l’avenir de la Francophonie ? Une Afrique des symboles ou une Afrique des résultats ? La réponse se construit aujourd’hui dans les capitales du continent, entre Libreville et Nouakchott.