Côte d’Ivoire : une taxe carbone pour financer la transition énergétique

Fin mai 2026, le gouvernement ivoirien a dévoilé sa « stratégie nationale » de taxation des émissions de carbone. Cette mesure vise un double objectif : encourager la réduction de la consommation d’énergies fossiles en augmentant leur prix, et générer des recettes pour financer la transition énergétique et la justice sociale. Elle s’inscrit dans l’engagement climatique de la Côte d’Ivoire et doit contribuer à une baisse notable des émissions d’ici 2030.

Émissions en hausse, intensité carbone en baisse

Depuis le retour à la stabilité politique en 2011, la Côte d’Ivoire est l’une des économies africaines les plus dynamiques. Mais cette croissance a entraîné une forte augmentation des gaz à effet de serre : les émissions sont passées de 9 à 18,8 millions de tonnes entre 2011 et 2024, selon le ministre de l’Économie, Adama Coulibaly. Cette hausse est liée à la dépendance aux énergies fossiles, au développement des transports, à l’industrialisation et aux activités agricoles.

Cependant, le PIB a progressé plus vite, passant de 35 à près de 87 milliards de dollars sur la même période, ce qui a fait baisser l’intensité carbone de l’économie. Avec 0,65 tonne par habitant par an, la Côte d’Ivoire reste bien en dessous des niveaux mondiaux (5 tonnes en France, 8 en Chine, plus de 13 aux États-Unis).

Pourquoi Abidjan accélère sa décarbonation

Le gouvernement estime que la Côte d’Ivoire doit participer à l’effort climatique mondial. Les impacts du changement climatique – hausse des températures, perturbations des pluies, aléas environnementaux – affectent déjà l’agriculture, qui emploie près de la moitié de la population.

Le pays s’est fixé un objectif ambitieux : réduire significativement son empreinte carbone d’ici 2035 tout en maintenant une croissance supérieure à 7 % par an. Dans sa troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN), publiée en 2025, il prévoit une baisse des émissions de 33 % avec ses propres moyens, et jusqu’à 74 % avec un soutien international.

Le déploiement en trois phases

La taxe carbone sera mise en œuvre progressivement. De 2026 à 2027, le gouvernement mettra en place le cadre juridique et technique. Une entrée en vigueur à un taux modéré est prévue en 2028-2029, puis une hausse jusqu’en 2035, suivie d’une phase d’évaluation.

Cette taxe ciblera principalement la consommation d’énergies fossiles, à l’exception du gaz butane. En renchérissant ces combustibles, elle doit inciter à réduire leur usage. Selon les estimations, un taux de 50 euros par tonne de CO₂ permettrait de diminuer les émissions nationales de 1,2 million de tonnes, soit 6 % du niveau de 2024.

Le gouvernement reconnaît des impacts économiques négatifs à court terme : hausse du prix des carburants et ralentissement de la croissance dans les premières années.

Des recettes pour la transition, l’emploi et les plus modestes

Les recettes de la taxe serviront à atténuer ces effets. Elles financeront en priorité l’accès à l’électricité sur tout le territoire. Une partie subventionnera l’achat de cuisinières électriques ou à gaz pour réduire le charbon de bois. La taxe soutiendra aussi l’essor des véhicules électriques via des avantages fiscaux et le déploiement de bornes de recharge.

Le gouvernement prévoit de reverser une partie des recettes aux ménages les plus précaires. Ces fonds financeront également la création d’emplois verts et des programmes de reconversion pour les secteurs touchés par la transition écologique. La taxe carbone s’inscrit dans le Plan national de développement (PND) 2026-2030, qui vise à concilier croissance économique, justice sociale et protection de l’environnement.