Accord ape : le Cameroun allège ses droits de douane sur les produits européens à 30%
Le gouvernement camerounais a récemment annoncé une réduction significative des droits de douane sur les importations en provenance de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Cette décision, officialisée par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, s’inscrit dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE) en vigueur. L’objectif est de diminuer progressivement les tarifs douaniers appliqués aux produits stratégiques, avec une baisse annuelle de 10% jusqu’à leur suppression totale d’ici 2030.
Cette mesure concerne principalement les véhicules utilitaires, les carburants, les ciments, les peintures et les emballages industriels. Elle s’ajoute à un calendrier déjà bien engagé : depuis août 2023, les biens du deuxième groupe, incluant plâtres, clinkers, camions, remorques et groupes électrogènes, bénéficient d’une franchise totale. Quant aux produits du premier groupe, tels que les médicaments, engrais, pesticides, ordinateurs, gaz ou tracteurs, ils sont exemptés de droits depuis août 2019.
Un impact budgétaire maîtrisé malgré les craintes initiales
Lors de leur mise en place, les APE suscitaient des inquiétudes quant à leur impact sur les finances publiques du Cameroun. Pourtant, les pertes de recettes douanières se révèlent bien inférieures aux projections. Sur une décennie, le manque à gagner s’élève à environ 103 milliards de FCFA, soit une moyenne annuelle d’un peu plus de 10 milliards. Un chiffre considérable, mais qui reste gérable compte tenu de la santé globale des finances camerounaises.
En effet, les recettes douanières totales du pays ont franchi un cap historique en 2023, dépassant pour la première fois la barre des 1 000 milliards de FCFA. Ce paradoxe apparent s’explique par une diversification accrue des partenariats commerciaux, notamment avec l’Asie, compensant ainsi la baisse des recettes liées aux importations européennes.
La Chine, principal bénéficiaire inattendu de l’APE
L’un des effets les plus marquants de cette politique tarifaire est l’avantage involontaire accordé à la Chine. Depuis 2013, Pékin occupe la double position de premier client et premier fournisseur du Cameroun. Son influence ne cesse de croître, comme en témoignent les chiffres du Comité de compétitivité du ministère de l’Économie.
Entre 2016 et 2024, la part de marché chinoise dans les machines et équipements est passée de 23,8% à 52,5%, soit une progression de 28,7 points. Dans le même temps, celle de l’Union européenne a chuté de 50,1% à 29,3% avant un léger rebond à 32,3% en 2024. Cette tendance interroge sur l’efficacité réelle des préférences tarifaires accordées aux Européens face à la compétitivité chinoise.
Une redistribution inégale des avantages fiscaux
L’analyse des bénéficiaires de l’APE révèle une concentration extrême des avantages. Au 31 décembre 2023, sur les 1 021 entreprises ayant profité du tarif préférentiel, moins de 5% ont capté environ 75% des gains. Les grandes structures se taillent la part du lion, avec 80% des bénéfices, tandis que les PME n’en récupèrent que 20%. Ce déséquilibre reflète à la fois la structure des importations formelles et les inégalités d’accès aux procédures douanières préférentielles.
Le Comité de compétitivité souligne que « les 50 premières entreprises utilisant le tarif préférentiel de l’APE sont majoritairement issues des secteurs industriel et commercial ». À quatre ans de l’échéance de 2030, la question dépasse désormais le simple cadre fiscal : il s’agit de concilier l’héritage commercial européen avec une réalité économique où la Chine dicte désormais le rythme. Cette recomposition alimente déjà les discussions sur une éventuelle révision de l’accord.