Tchad : un refuge pour les soudanais face à des défis humanitaires majeurs

Avec plus de 900 000 réfugiés soudanais accueillis depuis 2023, le Tchad s’impose comme un havre de paix en Afrique centrale, malgré son propre contexte de vulnérabilité extrême. Ce pays enclavé, frappé par une pauvreté endémique et des crises climatiques répétées, doit désormais gérer une pression humanitaire sans précédent.

Un accueil généreux mis à rude épreuve

Le conflit au Soudan, qui a déjà déplacé plus de 14 millions de personnes, a des répercussions directes sur le Tchad. Selon les Nations Unies, ce pays abrite désormais la plus forte densité de réfugiés au monde par habitant, avec plus de 1,5 million de personnes en quête de sécurité. Pourtant, malgré cet élan de solidarité, 40 % de la population tchadienne dépend d’une aide humanitaire pour survivre.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Barham Salih, a salué « l’accueil généreux et courageux des Tchadiens envers les réfugiés soudanais ». Une générosité qui s’explique par une tradition d’hospitalité, mais qui pèse lourdement sur les ressources locales.

Des défis structurels aggravés par les crises

Une sécurité alimentaire en péril

Le nom du Tchad, qui signifie « grande étendue d’eau » dans certaines langues locales, fait référence au lac Tchad, une ressource vitale en voie de disparition. Les sécheresses récurrentes et la rareté des précipitations ont réduit ce lac à une fraction de sa taille initiale, exacerbant les pénuries d’eau et les conflits pour l’accès aux terres arables. En 2024, les inondations ont détruit plus de 432 000 hectares de cultures, privant des milliers de familles de leurs moyens de subsistance.

Les conséquences sont dramatiques : près de deux millions de personnes touchées, des épidémies de choléra signalées, et une malnutrition aiguë qui menace deux millions d’enfants âgés de six mois à cinq ans entre 2025 et 2026. Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) alerte sur la situation, qualifiant la malnutrition de « critique » dans plusieurs régions.

Une insécurité chronique au nord

Le bassin du lac Tchad, déjà fragilisé, est le théâtre d’attaques perpétrées par des groupes armés comme Boko Haram et ses affiliés. Ces violences ont provoqué le déplacement de plus de 250 000 personnes, tandis que les réseaux de trafic et l’exploitation illégale du charbon aggravent l’instabilité. Les femmes et les enfants, représentant 87 % des réfugiés, sont particulièrement vulnérables aux violences basées sur le genre et au travail des enfants.

Les actions humanitaires en cours

Face à ces défis, le gouvernement tchadien et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ont mis en place des camps d’accueil et des zones de réinstallation. Près de 70 % des nouveaux arrivants ont pu être relogés dans des structures adaptées, bénéficiant d’un accès à l’eau, à l’éducation et aux soins. L’Organisation des Nations Unies (ONU) et ses partenaires coordonnent leurs efforts pour répondre aux besoins urgents, notamment dans l’est du pays et autour du lac Tchad.

Le Plan d’action humanitaire 2026, doté d’un budget de 986 millions de dollars, vise à soutenir 3,4 millions de personnes. Parmi les priorités : la lutte contre la malnutrition, l’amélioration des infrastructures sanitaires et la protection des populations les plus fragiles. « Les régions les plus touchées, comme l’est et la province du Lac, nécessitent une attention immédiate », a déclaré un porte-parole de l’ONU.

Le témoignage d’une réfugiée entrepreneur

Radwa Abdelkarim, une mère de six enfants arrivée au Tchad en 2023 après avoir tout perdu au Soudan, incarne la résilience des réfugiés. Grâce à une aide financière du HCR et à ses compétences en gestion, elle a lancé une activité de fabrication de pain, puis ouvert deux épiceries et un restaurant dans le camp de Farchana. Aujourd’hui, elle emploie 12 autres réfugiés et soutient des initiatives solidaires pour les femmes. « Personne ne doit être laissé pour compte », affirme-t-elle. « Notre devoir est d’aider nos frères et sœurs à se reconstruire. »

Perspectives d’avenir

Alors que le Conseil de sécurité des Nations Unies doit se réunir en février pour discuter de la crise soudanaise, la situation au Tchad reste sous haute tension. Le pays, déjà parmi les plus pauvres au monde, doit concilier accueil des réfugiés, gestion des crises climatiques et renforcement de sa stabilité sécuritaire. Une équation complexe, où chaque acteur – gouvernement, ONG, communautés locales – joue un rôle crucial pour éviter une catastrophe humanitaire.