Tchad : Succès Masra libéré après grâce présidentielle majeure
Au Tchad, une décision historique a été prise ce vendredi 13 août 2026 : le président Mahamat Idriss Deby a accordé sa grâce à l’ancien Premier ministre Succès Masra ainsi qu’à huit autres figures majeures de l’opposition politique tchadienne.
Cette libération inattendue survient après des années de tensions politiques intenses entre l’exécutif et les mouvements d’opposition. Succès Masra, économiste de formation âgé de 42 ans, avait été condamné à une peine de 20 ans de prison en 2025 pour des accusations de discours de haine et d’incitation à la violence.
Parmi les bénéficiaires de la grâce figurent également des membres influents du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), une coalition d’opposition dissoute par la justice tchadienne au printemps 2026. Ces derniers avaient écopé de huit ans de détention pour leur rôle présumé dans des mouvements insurrectionnels.
Une grâce présidentielle pour tourner la page
Le décret officiel, publié par la Présidence tchadienne, précise que cette mesure implique une remise totale des peines pour l’ensemble des condamnés. Une décision saluée par Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti Les Transformateurs de Masra, qui a déclaré :
« Nous exprimons notre profonde gratitude au chef de l’État pour avoir privilégié l’unité nationale dans un contexte où le dialogue et la réconciliation s’imposent comme des priorités absolues. Cette grâce ouvre enfin la voie à des discussions constructives pour consolider la paix dans notre pays. »
Un parcours politique marqué par l’exil et la contestation
Succès Masra s’est illustré comme l’un des opposants les plus déterminés à la junte militaire dirigée par Mahamat Idriss Deby. Son retour d’exil en 2023, après les violences de 2022 lors de manifestations contre la transition politique prolongée, avait marqué un tournant.
Après avoir signé un accord de réconciliation avec le pouvoir en place, il avait été nommé Premier ministre avant de se présenter à l’élection présidentielle de 2024. Bien que son score ait été contesté par une large partie de l’opposition – qui avait boycotté le scrutin –, il avait obtenu plus de 60 % des voix selon les résultats officiels. Cependant, son arrestation en mai 2025 et sa condamnation trois mois plus tard avaient ravivé les tensions.
Le procès avait été vivement critiqué par des organisations de défense des droits humains, qui l’avaient qualifié de procès à finalité politique, soulignant l’absence de preuves tangibles pour étayer les accusations portées contre lui.