Succès Masra : un an de détention injuste et de souffrances au Tchad
Un an déjà que Succès Masra, figure de l’opposition tchadienne, croupit derrière les barreaux. L’ancien Premier ministre, condamné à vingt ans de prison pour avoir diffusé un message jugé subversif, n’a toujours aucune preuve tangible de sa culpabilité à son encontre. Sa sœur, Chancelle Masra, résidant en France, alerte sur l’état de santé de son frère et dénonce des conditions de détention indignes.
Des conditions de détention inhumaines
Enfermé depuis le 16 mai 2025 dans un bureau exigu de la coordination de la police judiciaire de N’Djaména, Succès Masra survit dans un espace de moins de quinze mètres carrés, privé de lumière naturelle. « Il n’a même pas de lit dignement aménagé, aucun accès à des soins médicaux adaptés, et encore moins à une activité physique ou à une aération suffisante », confie sa sœur. Selon les médecins, ses problèmes respiratoires nécessitent des analyses complémentaires que les structures tchadiennes ne peuvent réaliser.
Une famille en quête de justice
Chancelle Masra révèle que les visites familiales et les consultations médicales sont désormais autorisées, mais sous conditions strictes. « Ma mère a pu le voir, tout comme ses avocats, mais les contacts téléphoniques restent interdits », précise-t-elle. Tous ses appareils électroniques lui ont été confisqués, le coupant ainsi de toute communication avec l’extérieur, y compris avec sa fille et son épouse.
Un procès basé sur des accusations infondées
Condamné en août 2024 pour incitation à la haine et aux violences, jugement lié à des affrontements intercommunautaires dans le Logone occidental, Succès Masra clame son innocence. « Il n’y a aucun fait, aucune preuve, aucun témoignage pour étayer ces accusations », souligne sa sœur. Elle rappelle son engagement constant en faveur du dialogue, son rôle dans la signature d’accords de paix en 2023, et son refus de percevoir un salaire lors de son passage à la primature. « Enfermer un homme pacifique ne résoudra pas les tensions au Tchad », martèle-t-elle.
Un appel rejeté dans l’attente d’éclaircissements
Succès Masra a fait appel de sa condamnation, mais les délais pour un nouveau procès restent flous. « Aucune date n’a été communiquée, et les silences sont assourdissants », déplore Chancelle Masra. Elle se dit convaincue que la mobilisation internationale, notamment celle de l’Union européenne, a permis de maintenir son frère en vie. « Sans cette pression, qui sait ce qu’il serait advenu de lui ?« , ajoute-t-elle.
Un climat politique en détérioration
La sœur de l’opposant s’inquiète de la dégradation de la situation politique au Tchad. « Quand les opposants pacifiques sont emprisonnés pour avoir organisé des marches ou exprimé leur désaccord, la démocratie recule », dénonce-t-elle. Elle cite les récentes condamnations de huit membres du GCAP à huit ans de prison pour avoir refusé la dissolution de leur parti, une décision qu’elle qualifie de « déni de liberté d’expression ».
Face aux déclarations du ministre de la Communication, Gassim Cherif Mahamat, qui affirme que l’opposition dispose de représentants au Parlement, Chancelle Masra rétorque avec fermeté : « La présence de quelques élus ne suffit pas à garantir une démocratie pluraliste quand des voix sont étouffées dans les prisons ».
Un parti toujours fort malgré les défections
Les départs de Sitack Yombatina et Moustapha Masri, passés du côté du pouvoir, sont parfois présentés comme un affaiblissement du parti Les Transformateurs. Chancelle Masra balaye ces critiques : « Succès Masra incarne une vision pour le Tchad, et des milliers de ses partisans, en Afrique et dans la diaspora, continuent de croire en lui. Deux défections ne font pas une défaite.
Un appel à la solidarité internationale
Pour Chancelle Masra, la libération de son frère passe par une pression accrue de la communauté internationale. « Amnesty International, Human Rights Watch, l’ACAT France et bien d’autres ont été à nos côtés. Leur soutien a été vital pour sa survie. Mais il est temps que les dirigeants africains et tchadiens comprennent que la justice ne doit pas servir à régler des comptes politiques
Des médiations diplomatiques en suspens
La sœur de Succès Masra reste évasive sur d’éventuelles médiations africaines récentes. « Je ne suis pas en politique, mais je sais une chose : la justice doit primer sur les calculs politiques », insiste-t-elle. Elle rappelle que le rétablissement des relations diplomatiques entre le Tchad et la France en janvier 2026 représente une opportunité à saisir pour défendre les droits humains et la liberté d’expression.
En conclusion, Chancelle Masra appelle à une prise de conscience : « Un pays qui emprisonne ses opposants sans preuve n’est pas un État de droit. Le Tchad mérite mieux ».