Situation des réfugiés maliens en Mauritanie entre espoir et craintes
Réfugiés maliens près d’un point d’eau dans un camp de fortune à Doueinkara, à la frontière entre la Mauritanie et le Mali

« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous. » À Fassala, en Mauritanie, Mosso*, un réfugié touareg de 57 ans, exprime l’espoir fragile des milliers de Maliens ayant fui les violences dans leur pays. Originaire de Mopti, il a dû quitter son village après l’arrivée de paramilitaires russes – autrefois appelés Wagner – qui ont enlevé des hommes et tué son frère sous les yeux de son fils, il y a un an.

Les attaques récentes menées par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) contre l’armée malienne et ses alliés russes ont plongé le pays dans une crise inédite depuis le coup d’État de 2020. Parmi les victimes, on compte notamment le ministre de la Défense malien, tué lors de ces offensives.

La junte malienne, cible des critiques des réfugiés

Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir à Bamako, cristallise la colère des réfugiés. « C’est Goïta qui a fait venir Wagner au Mali », accuse Mosso, assis à l’ombre d’une tente de fortune sous un soleil de plomb. « Si ce régime tombe, peut-être que nos conditions s’amélioreront. » Son récit reflète celui de nombreux autres Maliens, victimes d’exactions attribuées aux forces armées maliennes et à leurs supplétifs, ou aux groupes jihadistes.

Une alliance controversée au Mali

À Mbera, un camp accueillant 120 000 réfugiés mauritaniens, Ahmed*, 35 ans, partage ce sentiment. « Les militaires ont amené tous les problèmes au Mali », déclare-t-il. Ce Touareg a fui les violences après avoir été accusé à tort de collaboration avec les jihadistes. « C’est à cause de Wagner que nous sommes ici », confie-t-il, évoquant les exactions commises par les paramilitaires russes.

Cependant, tous ne se réjouissent pas des avancées du FLA. Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, reste méfiant face à l’alliance entre le FLA et le Jnim. « Le Jnim est un mouvement terroriste. Leur idéologie ne correspond pas à la nôtre, celle de musulmans modérés et pacifiques », explique-t-il. Malgré cela, il reconnaît que les blocus imposés par les jihadistes depuis octobre dernier ont provoqué l’arrivée de près de 14 000 nouveaux réfugiés, majoritairement des femmes et des enfants.

Risques humanitaires et tensions locales

Les organisations humanitaires surveillent avec inquiétude l’évolution de la situation. « Nous craignons un nouvel afflux de réfugiés », déclare un porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Mauritanie. Dans cette région désertique déjà sous pression, les ressources en eau et en pâturages se raréfient, exacerbant les tensions entre les populations locales et les réfugiés.

Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, souligne que sa commune accueille déjà 70 000 Maliens. « Les pâturages, l’eau et les services de base sont en tension constante », explique-t-il. Avec plus de 300 000 réfugiés mauritaniens depuis 2012, la Mauritanie, malgré sa stabilité relative, voit ses ressources mises à rude épreuve.

Tilleli*, 22 ans, mère d’un nourrisson, raconte comment les Russes et l’armée malienne ont pillé et brûlé son village de Mopti il y a un mois : « Je ne rentrerai que si Wagner quitte le Mali. » Son regard trahît un espoir ténu : « La paix n’est pas pour demain. »