Un vote historique qui change la donne politique
Le mardi 3 novembre 2026 restera une date clé dans l’histoire politique du Sénégal. L’Assemblée nationale a rejeté à une large majorité le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026, infligeant un camouflet cuisant à l’exécutif. Ce scrutin, marqué par 109 voix pour le rejet contre 20 voix contre et 3 abstentions, confirme l’intensification d’un conflit larvé entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée.
Des tensions institutionnelles sans précédent
Ce revers budgétaire n’est pas qu’une simple question financière. Il révèle une fracture profonde entre deux figures centrales du pouvoir, autrefois unies par un même combat politique. Bassirou Diomaye Faye dirige l’exécutif tandis qu’Ousmane Sonko préside l’Assemblée nationale depuis mai 2026, date de son départ de la Primature. Leur relation, autrefois solide, s’est transformée en un affrontement ouvert, mettant en lumière les limites d’une cohabitation improvisée.
Le Pastef, parti majoritaire au Parlement, refuse désormais de valider automatiquement les décisions gouvernementales. Ce vote du 3 novembre en est la preuve : malgré une majorité historique, l’exécutif ne peut plus compter sur un soutien inconditionnel de ses propres rangs.
Les chiffres qui cristallisent les désaccords
Le projet de LFR 2026 prévoyait des recettes de 5 848,7 milliards de francs CFA (contre 6 188,8 milliards initialement) et des dépenses de 7 583,9 milliards, avec un déficit budgétaire porté à 7,6 % du PIB. Les parlementaires du Pastef contestent ces arbitrages, exigeant plus de transparence et une réduction des crédits d’investissement de 555 milliards de francs CFA.
Le ministère de l’Économie et des Finances, dirigé par Cheikh Diba, assure avoir répondu aux demandes d’informations des députés, notamment sur les subventions énergétiques et les bourses sociales. Pourtant, l’Assemblée a choisi de bloquer le texte, préférant exercer son droit de contrôle plutôt que d’avaliser les choix gouvernementaux.
Un impact qui dépasse le cadre parlementaire
Ce rejet ne se limite pas à une bataille politique interne. Il risque de fragiliser les négociations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI), où l’adoption de la LFR 2026 était un préalable attendu. Sans ce texte, les incertitudes sur la gestion de la dette et la mobilisation des ressources financières s’accentuent.
Sur le plan économique, les tensions de trésorerie pourraient paralyser les paiements de l’État envers les entreprises et les fournisseurs, mettant en péril la stabilité de certains secteurs clés. Les partenaires financiers, déjà sceptiques après le rejet de la loi de finances initiale, pourraient durcir leurs conditions.
Une cohabitation inédite qui interroge l’avenir du pays
Le Sénégal se trouve dans une situation institutionnelle inhabituelle : un président sans majorité parlementaire acquise, une Assemblée qui défie l’exécutif, et une défiance croissante entre deux hommes issus du même mouvement. Cette configuration, bien que non juridique, rappelle les défis des cohabitations, avec des risques de paralysie décisionnelle et de perte de crédibilité.
Pour l’instant, aucune solution consensuelle ne se profile. Le gouvernement devra trouver des alternatives pour relancer le budget, tandis que le Pastef maintient ses exigences. Une chose est sûre : la crise de 2026 a accéléré une recomposition politique dont les conséquences pourraient façonner l’avenir institutionnel du pays pour les années à venir.
