Haïti et Bénin : une visite militaire stratégique pour relancer l’alliance sécuritaire

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COTONOU – La visite officielle du général Derby Guerrier, chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), au Bénin marque un tournant dans les relations militaires entre les deux pays. Accueilli ce mardi à l’état-major général des Forces armées béninoises (FAB) par le général Fructueux Gbaguidi, cette rencontre s’inscrit dans un contexte où la sécurité en Haïti exige des solutions innovantes et des partenariats stratégiques.

Une crise haïtienne qui appelle une réponse internationale renforcée

Haïti traverse une crise sécuritaire sans précédent, minée par l’expansion des groupes armés, l’affaiblissement des institutions publiques et l’incapacité des forces de sécurité à rétablir durablement l’ordre. Face à ces défis, le renforcement des capacités des forces haïtiennes et la recherche de partenariats militaires internationaux deviennent des priorités absolues. C’est dans cette optique que la visite du général Derby Guerrier au Bénin prend toute son importance.

Cette rencontre entre les deux chefs d’état-major ouvre un espace de dialogue essentiel pour deux armées confrontées à des enjeux de sécurité similaires. Le général Gbaguidi, comme son homologue haïtien, doit adapter ses forces à des menaces en constante évolution, qu’il s’agisse de terrorisme au Sahel ou de défis sécuritaires internes.

Le précédent de 2024 : une offre béninoise de 1 500 militaires

En février 2024, le président béninois Patrice Talon avait proposé une contribution majeure à la stabilisation d’Haïti. Le Bénin s’était dit prêt à déployer un contingent de 1 500 militaires au sein de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), avec une possibilité d’augmenter cet effectif à 2 000 hommes. Cette initiative s’inscrivait dans le cadre d’une réponse internationale coordonnée par le Kenya sous l’égide des Nations unies.

Cependant, ce projet n’a pas abouti en raison de divergences sur le commandement, l’organisation opérationnelle, le financement et les conditions d’engagement des troupes. Les autorités béninoises avaient notamment insisté sur la nécessité d’un commandement militaire clair dans une mission dirigée par un responsable de police kényan. Cette question reste un point de blocage majeur à résoudre.

Pourquoi cette visite est-elle décisive ?

La rencontre de Cotonou ravive le débat sur une éventuelle participation militaire béninoise en Haïti. Bien qu’aucun déploiement ne soit encore acté, cette visite rappelle l’engagement initial du Bénin et relance les discussions sur les modalités concrètes d’une coopération renforcée. Elle pourrait aussi permettre de clarifier les attentes des deux parties et de lever les obstacles qui avaient freiné le projet en 2024.

Des échanges stratégiques pour des solutions durables

Au-delà de la question du déploiement, cette visite pourrait initier des collaborations dans des domaines clés : formation des militaires, renforcement des capacités opérationnelles, partage du renseignement et optimisation des dispositifs de défense. Le Bénin, confronté à des menaces terroristes dans sa région nord, dispose d’une expertise précieuse que Haïti pourrait exploiter pour consolider sa propre sécurité.

Pour les deux généraux, ces échanges visent à identifier des domaines d’intérêt commun et à poser les bases d’une coopération bilatérale structurée. L’objectif ? Transformer cette volonté de rapprochement en actions concrètes, notamment en explorant de nouvelles formes de soutien logistique, technique ou opérationnel.

Haïti et l’Afrique : vers une solidarité Sud-Sud renforcée

Les liens historiques et culturels entre Haïti et l’Afrique offrent un cadre idéal pour développer des partenariats stratégiques. Cette visite s’inscrit dans une dynamique de solidarité Sud-Sud, où deux pays partageant des défis communs pourraient mutualiser leurs ressources et leurs savoir-faire pour bâtir des réponses adaptées aux crises du XXIe siècle.

Reste à savoir si les discussions engagées à Cotonou déboucheront sur des avancées tangibles. Pour l’heure, aucune décision officielle n’a été prise, mais le précédent de 2024 donne une résonance particulière à cette rencontre. Une chose est sûre : l’avenir des relations militaires entre Haïti et le Bénin se joue désormais dans les semaines et les mois à venir.

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Amadou Diabaté

Journaliste