Procès de l’assassinat du journaliste martinez zogo : des preuves accablantes dévoilées à Yaoundé

Un tournant judiciaire avec la révélation de preuves numériques

Les audiences des 1er et 2 juin au Tribunal militaire de Yaoundé ont marqué un moment historique dans le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Pour la première fois, des preuves numériques irréfutables, issues d’une expertise forensique, ont été présentées par le Professeur Georges Bell Bitjoka, expert judiciaire en cybersécurité et 32e témoin de l’accusation.

Des vidéos insoutenables projetées en audience

L’expert a révélé que l’analyse des téléphones et comptes en ligne des accusés a permis de découvrir la vidéo de torture et d’assassinat de Martinez Zogo, stockée dans le compte Google d’un des mis en cause. Lors de la projection des trois vidéos le 1er juin, une émotion intense a saisi l’assistance, contraignant le tribunal à suspendre la séance.

Les images, d’une violence extrême, montrent le journaliste ligoté, ensanglanté, avec l’oreille gauche partiellement sectionnée. Dans un dernier sursaut, Martinez Zogo implore ses bourreaux, filmé dans un état de détresse absolue.

Des liens accablants entre les accusés et l’exécution

Le rapport du Pr. Bell Bitjoka a mis en lumière des échanges et communications compromettants entre l’ex-directeur des opérations de la DGRE, Justin Danwe, et les auteurs présumés de l’opération. Une traçabilité financière a également été établie, avec notamment 35 millions de FCFA évoqués lors des débats.

L’expert a cependant souligné que, pour l’instant, aucun lien technologique direct n’a été formellement identifié dans les appareils de Léopold Maxime Eko Eko, ex-patron de la DGRE, ni dans ceux de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, tous deux cités dans l’enquête. Leurs échanges avec Danwe auraient été massivement effacés avant l’expertise.

Un débat technique sous haute tension

Le 2 juin, les débats ont repris dans un climat électrique, toujours sous le choc des révélations de la veille. L’audience s’est concentrée sur un interrogatoire croisé du Pr. Bell Bitjoka, confronté aux questions du Ministère public et des avocats de la défense.

Face aux contestations, l’expert a réaffirmé avoir mené une analyse strictement technique, sans interprétation juridique ni jugement de valeur. Les avocats des parties civiles ont salué l’avancée majeure apportée par ce rapport, tout en émettant des réserves sur la méthodologie utilisée pour l’extraction des données.

La justice en marche malgré les obstacles

Le Tribunal militaire de Yaoundé a clos cette session tard dans la nuit du 2 juin. Les prochaines étapes sont désormais programmées pour les 22 et 23 juin, avec des débats approfondis sur les aspects criminels de l’affaire. La pression sur les enquêteurs et les magistrats reste maximale, alors que l’opinion publique camerounaise attend des réponses claires.