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Permis Thali : après le feu vert de Yaoundé, où en est réellement le projet ?
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L’autorisation présidentielle accordée à la cession de 42,5% du permis Thali à Prime Global Energies suscite des réactions contrastées au Cameroun. Si certains y voient un signal fort pour l’attractivité du secteur pétrolier national, d’autres s’interrogent sur les délais et la capacité du nouvel entrant à relancer un projet à l’arrêt. Tower Resources, opérateur britannique du permis offshore, a confirmé avoir reçu l’aval du palais d’Etoudi pour céder une part significative de ses intérêts. L’accord, encore en attente de finalisation administrative, prévoit un apport de 15 millions de dollars du nouvel entrant au programme de travaux, avec en ligne de mire le forage du puits d’appréciation NJOM-3. Converti au cours de référence de la Banque centrale européenne du 28 septembre 2026, ce montant équivaut à environ 8,65 milliards de FCFA.

La transaction ne prend pas la forme d’un versement direct à Tower. Il s’agit d’un engagement d’investissement, mécanisme classique de farm-out par lequel un partenaire finance une portion du programme technique en échange d’une participation. Prime Global Energies intégrera Thali comme partenaire non opérateur : la conduite des opérations demeurera entre les mains de Tower Resources Cameroon, filiale locale du groupe londonien. Une configuration qui, selon plusieurs observateurs, pourrait garantir une certaine continuité opérationnelle tout en injectant des liquidités indispensables.

Une procédure administrative toujours en suspens

Malgré l’autorisation présidentielle, le circuit administratif n’est pas bouclé. Dans ses comptes semestriels arrêtés au 30 juin et publiés le 28 septembre, Tower précise avoir eu connaissance d’une copie de la lettre de la présidence adressée aux services du Premier ministre, au ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) ainsi qu’à la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Le Minmidt doit encore préparer l’arrêté prolongeant la période initiale d’exploration et transmettre la lettre formelle d’approbation de la cession.

Tant que ces documents dûment exécutés ne seront pas entre les mains des parties, l’opération demeurera suspendue. Le calendrier de finalisation reste, à ce stade, incertain, reconnaît la compagnie. Cette prudence n’a rien d’anodin : le programme d’exploration accuse déjà plusieurs années de retard, faute de moyens financiers suffisants pour engager les travaux de forage. Une situation qui alimente les critiques sur la lenteur des procédures et l’incertitude qui pèse sur les investisseurs.

Prime Global Energies, enregistrée au Royaume-Uni et spécialisée dans l’amont pétrolier et gazier, n’est pas une inconnue dans le secteur. La société portait encore le nom de Prime Pakistan Limited jusqu’en décembre 2024, après avoir opéré sous l’appellation Eni Pakistan Limited. Cette filiation avec le groupe italien Eni lui confère une expérience opérationnelle qui pourrait rassurer les autorités camerounaises sur la solidité technique du nouveau partenaire. Un argument que ne manquent pas de souligner les partisans de l’opération, qui y voient une opportunité de bénéficier d’un savoir-faire éprouvé.

NJOM-3 repoussé : quelles conséquences pour la suite ?

L’entrée de Prime vise principalement à sécuriser le financement de NJOM-3, prochain puits d’appréciation prévu sur Thali. Tower a révisé son échéancier : le forage devrait débuter au début du deuxième trimestre 2027, soit à partir d’avril, contre une hypothèse antérieure fixée au premier trimestre. Un démarrage plus précoce n’est pas totalement exclu, mais la direction préfère retenir la fenêtre la plus prudente dans ses prévisions. Ce report, bien que modéré, illustre les difficultés persistantes à mobiliser les ressources nécessaires dans les délais impartis.

« Nous prévoyons actuellement de commencer le forage au début du deuxième trimestre 2027 », déclare Jeremy Asher, président-directeur général de Tower Resources. Le choix de la plateforme de forage n’est pas encore contractualisé. La compagnie continue d’examiner les appareils disponibles sur le marché et a décidé de ne plus communiquer sur ce point avant la signature d’un contrat ferme. Les projets d’accord avec les autres prestataires nécessaires à l’opération sont, en revanche, déjà prêts. Une partie de la logistique est même en place à Douala. Tower y a entreposé, avec d’autres équipements destinés à NJOM-3, un système permettant de suspendre le puits après les tests et de le réutiliser ultérieurement pour la production, si les résultats des tests s’avèrent probants.

Une trésorerie sous tension qui rend l’accord vital

L’apport de Prime revêt un caractère quasi existentiel pour Tower. Le groupe indique dans ses comptes qu’il devra soit finaliser le farm-out camerounais, soit conclure une autre transaction sur ses actifs, soit lever des capitaux supplémentaires pour honorer ses engagements. Au 30 juin 2026, la compagnie ne disposait que de 66 583 dollars de trésorerie, face à 2,91 millions de dollars de passifs courants. Elle n’a jamais produit un baril et ne génère aucun chiffre d’affaires. Une situation financière critique qui explique l’empressement de la compagnie à boucler l’opération.

Sur le premier semestre, 453 000 dollars de dépenses ont été capitalisés au Cameroun, contre 982 000 dollars un an plus tôt. Ces engagements couvrent la préparation de NJOM-3, les études d’ingénierie, la planification du forage et le fonctionnement du bureau de Douala. Les 15 millions de dollars promis par Prime devraient suffire à couvrir le solde nécessaire au forage d’appréciation. Les tests ultérieurs et un éventuel développement commercial du gisement exigeront, eux, de nouveaux tours de table.

Perspectives : un test grandeur nature pour le climat des affaires

Au-delà du cas Thali, cette opération est perçue comme un indicateur de la capacité du Cameroun à attirer et à retenir les investissements dans un secteur stratégique. La réussite du farm-out dépendra de la rapidité des autorités à finaliser les actes administratifs et de la solidité financière du repreneur. Les prochains mois seront donc décisifs pour l’avenir du permis et, plus largement, pour la crédibilité du pays auprès des opérateurs internationaux.

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