Nouveau témoignage au Niger sur le colonel Tiger : ce que révèlent les déclarations de l’inspecteur Habibou Oumarou

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Un témoignage télévisé qui bouscule l’enquête sur Pascal Tiger

L’émission diffusée le vendredi 23 octobre 2026 sur la Radio Télévision du Niger (RTN) par l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane, surnommé « Le Rebelle », relance le débat sur la présence éventuelle du colonel Pascal Tiger au Niger. Ce dernier est accusé d’être l’instigateur présumé de la tentative de coup d’État au Bénin le 7 décembre 2025. Au cœur de son intervention : des contacts, des transferts d’argent et des intermédiaires évoquant une recherche active de l’officier fugitif sur le territoire nigérien.

Habibou Oumarou détaille les allégations : argent, intermédiaires et promesses

Dans une déclaration lue à l’antenne, l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane affirme avoir été contacté dès le 27 février 2026 pour localiser Pascal Tiger. Il évoque des échanges avec plusieurs intermédiaires, qu’il associe à des individus se réclamant de services béninois, ainsi que des promesses de rémunération en cas de succès de la mission. Selon ses dires, une enveloppe de cinq millions de francs CFA aurait été promise, dont deux millions auraient été versés le 9 mars 2026 au marché de Niamey.

Parmi les noms cités figurent Moumouni, Zakou, un interlocuteur surnommé « David » et l’officier béninois Ilou. L’inspecteur mentionne également une rencontre à Malanville, ainsi que des engagements portant sur des passeports diplomatiques et des postes de chargés de mission. Ces éléments confèrent à son récit une apparence de précision, mais leur fiabilité reste à établir.

Des affirmations précises, mais des preuves manquantes

Les détails fournis par l’inspecteur nigérien semblent étayer son récit : montants en francs CFA, noms d’intermédiaires, lieux de rencontre. Pourtant, ces déclarations ne suffisent pas à confirmer l’existence de liens officiels entre les autorités béninoises et les personnes évoquées. Ni les paiements allégués, ni les responsabilités attribuées, ni même le contexte de ces échanges ne sont corroborés par des éléments tangibles et vérifiables.

Exfiltration ou simple recherche ? Une nuance cruciale

Le témoignage utilise le terme d’« exfiltration », suggérant une opération de sortie clandestine du territoire nigérien. Cependant, cette formulation ne prouve en rien qu’une telle opération ait été décidée par Cotonou ou effectivement mise en œuvre. Il est essentiel de distinguer les allégations rapportées de toute décision officielle.

La recherche d’un suspect dans une affaire de sécurité intérieure relève d’une démarche légitime pour l’État béninois. La localisation de Pascal Tiger, la collecte de renseignements et les démarches judiciaires sont des étapes distinctes d’une éventuelle exfiltration clandestine. Si la présence du colonel au Niger était avérée, les autorités béninoises pourraient solliciter une coopération policière ou une procédure d’extradition, dans le respect des procédures prévues par le droit international et les accords bilatéraux.

Pourquoi une diffusion sur une chaîne publique ?

Le choix de rendre public un témoignage aussi sensible sur une télévision nationale pose question. Une médiatisation de cette envergure peut attirer l’attention sur une affaire d’intérêt régional, mais elle ne remplace pas une enquête contradictoire ni la production de preuves vérifiables. L’absence de preuves matérielles accessibles expose les déclarations à des interprétations multiples, surtout dans un contexte de tensions entre Niamey et Cotonou.

L’objectif de cette diffusion reste flou : s’agit-il de partager des informations utiles à une enquête, de répondre à des accusations antérieures ou d’envoyer un message politique ? Sans éléments concrets, aucune hypothèse ne peut être validée. À ce stade, aucune réaction officielle du Bénin n’a été rapportée, sans que cela ne constitue une confirmation ou une réfutation des déclarations de l’inspecteur.

Coopération régionale : un enjeu au-delà de l’affaire Pascal Tiger

Cette affaire dépasse le cadre strict de la localisation d’un fugitif. Elle illustre les défis auxquels sont confrontés deux États voisins lorsqu’une question de sécurité intérieure prend une dimension diplomatique. Si des personnes recherchées pour des faits graves se trouvent effectivement dans un pays voisin, la coopération entre les services de police et les autorités judiciaires devient un impératif.

Pour le Bénin comme pour le Niger, l’enjeu est de privilégier les faits vérifiables aux insinuations. Les identités citées, les montants évoqués, les instructions attribuées et les circonstances des rencontres doivent faire l’objet de vérifications indépendantes. En l’état, le témoignage de l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane relance la piste nigérienne sans pour autant apporter de réponse définitive. La crédibilité des accusations dépendra davantage des preuves produites que de leur mise en scène médiatique.

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Amadou Diabaté

Journaliste