Niger : trois ans de junte militaire, une descente aux enfers des droits humains

Niger : trois ans de junte militaire, une descente aux enfers des droits humains

Le 26 juillet marque un anniversaire douloureux pour le Niger : trois ans jour pour jour après le renversement du président élu Mohamed Bazoum par le général Abdourahamane Tiani, le bilan de la junte militaire s’alourdit, révélant une dérive autoritaire aux conséquences dramatiques pour les droits fondamentaux.

un régime qui s’installe dans l’autoritarisme

Trois ans après le coup d’État, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a méthodiquement démantelé les fondements démocratiques du pays. Sous prétexte de restaurer la sécurité et la souveraineté, les autorités militaires ont verrouillé l’espace politique, étouffé les libertés et muselé toute opposition. Le rapport accablant publié récemment confirme cette trajectoire : le Niger glisse inexorablement vers un régime où la justice est instrumentalisée et les droits citoyens bafoués.

des opposants et défenseurs des droits humains derrière les barreaux

L’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours détenus arbitrairement, incarnent cette répression. Malgré les condamnations internationales et les appels au respect des droits humains, le pouvoir militaire maintient sa ligne dure. La société civile subit le même sort : en décembre 2024, Moussa Tiangari, militant renommé des droits humains, a été arrêté. Ses avocats ont tenté de le faire libérer au nom des délais légaux de détention provisoire (12 mois pour les affaires terroristes), mais les autorités ont modifié rétroactivement la loi pour prolonger cette durée à quatre ans, une manœuvre qualifiée d’illégale par la défense.

une presse muselée et une diaspora traquée

Les libertés publiques sont en chute libre : les partis politiques ont été dissous, les syndicats et ONG indépendantes suspendus, et les médias soumis à une censure accrue. Une loi révisée sur la cybercriminalité sert de prétexte pour réprimer toute dissidence. En octobre dernier, six journalistes à Niamey ont été arrêtés pour avoir simplement relayé une invitation à une conférence de presse.

La répression ne s’arrête pas aux frontières : la junte s’en prend désormais aux opposants en exil, recourant à la déchéance de nationalité. Mariama Djibrine, figure majeure de l’opposition régionale, en est l’une des victimes récentes.

un virage sociétal et un isolement international

Le régime a durci le Code pénal en mars dernier, instaurant des peines de 5 à 20 ans de prison pour les relations homosexuelles et le soutien aux personnes LGBT. Cette mesure a déjà entraîné des arrestations massives et paralysé des programmes de santé publique cruciaux.

Sur le plan international, Niamey a choisi la rupture : après son retrait de la CEDEAO, le Niger a quitté la Cour pénale internationale (CPI) en juin. Une décision qui isole davantage les citoyens, les privant de tout recours juridique face aux exactions, alors que la région de Tillabéri reste en proie à une insécurité persistante et à des violences meurtrières.

l’urgence d’un sursaut international

Face à cette escalade répressive, les organisations de défense des droits humains appellent la communauté internationale à sortir de sa passivité. Elles exigent la libération immédiate des prisonniers politiques et le retour à une feuille de route crédible vers un gouvernement civil, seul capable de restaurer la stabilité et les droits fondamentaux au Niger.