L’épargne ouest-africaine peut-elle devenir le vrai moteur de la souveraineté financière ?
Et si le principal levier de la souveraineté financière en Afrique de l’Ouest ne se trouvait ni dans les capitaux étrangers, ni dans l’aide au développement, mais tout simplement dans les poches des habitants de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ? C’est la question qui a structuré les deux journées du 17 et 18 septembre 2026 à Cotonou, à l’occasion de la 2ᵉ édition du Salon régional de l’actionnariat. Face aux difficultés persistantes de financement du développement et à la nécessité de desserrer l’étau d’une dépendance aux capitaux extérieurs, la mobilisation des ressources de la sous-région s’est imposée comme une priorité stratégique aux yeux des acteurs institutionnels, des dirigeants d’entreprises et des spécialistes des marchés réunis au Bénin.
Pourquoi la souveraineté financière UEMOA passe-t-elle par l’épargne domestique ?
Placée sous le thème « Actionnariat et souveraineté financière : mobiliser l’épargne pour accélérer la transformation économique », cette rencontre coorganisée par UCA SGI et Dimensions GROUP a mis en évidence une contradiction difficile à ignorer : la zone UEMOA affiche une croissance dynamique, mais ses marchés financiers régionaux ne parviennent toujours pas à capter pleinement l’épargne disponible localement. Autrement dit, l’argent existe, mais il ne prend pas le chemin du financement productif.
À Cotonou, un paradoxe qui résiste aux discours
Pour les organisateurs comme pour les régulateurs, le diagnostic est sans ambiguïté. Une épargne souvent dormante, ou orientée vers des placements à très court terme, prive les PME et les grands groupes locaux des fonds propres dont ils ont besoin pour se développer. Convertir cette épargne en capital long constituerait donc bien plus qu’un ajustement technique : un changement de culture économique.
Trois chantiers pour convertir l’épargne en capital productif
Les travaux du salon ont décliné cette ambition autour de plusieurs axes majeurs, présentés comme complémentaires les uns des autres.
Ouvrir plus largement le marché des capitaux
- Simplifier les introductions en bourse pour les entreprises locales.
- Dynamiser la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) afin qu’elle joue pleinement son rôle de canal de financement.
Numérique et éducation financière : rapprocher le grand public de l’investissement
- S’appuyer sur les outils numériques pour rendre les opportunités d’investissement accessibles au plus grand nombre.
- Développer l’éducation financière, condition indispensable à une inclusion réelle et durable.
Fiscalité et réglementation : orienter l’épargne vers le long terme
- Adapter les dispositifs fiscaux et légaux pour inciter durablement à l’investissement.
- Canaliser ces ressources vers le financement des infrastructures et du secteur privé.
Un choix stratégique face aux chocs extérieurs ?
Les représentants de la BCEAO, de la Commission de l’UEMOA et de l’Autorité des marchés financiers ont insisté sur la portée structurelle de cette démarche. En autonomisant le financement de leurs économies, les États et les entreprises de la sous-région renforcent leur capacité de résistance face aux chocs exogènes et aux soubresauts des marchés internationaux. La question n’est donc plus seulement financière : elle touche à la marge de manœuvre politique et économique de toute une région.
Et après Cotonou ? Chaque citoyen comme acteur de la croissance
Alors que les travaux se refermaient ce vendredi à Cotonou, les participants se sont accordés sur un point : l’urgence d’inciter chaque citoyen à devenir un acteur direct de la croissance économique régionale, par le biais de l’investissement partagé. Reste à savoir si cette prise de conscience collective se traduira par des actes — et à quel rythme l’actionnariat populaire s’enracinera dans les habitudes des épargnants ouest-africains.