Le Maroc maintient ses revendications sur ceuta malgré les tensions migratoires
L’afflux massif de plus de 72 000 migrants à Ceuta fin juillet a non seulement déclenché une crise politique en Espagne, mais a aussi ravivé un vieux différend territorial toujours vif entre Madrid et Rabat. Selon Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur espagnol au Maroc et ex-directeur des services de renseignement espagnols (CNI), les revendications marocaines sur Ceuta et Melilla restent une priorité absolue pour le royaume chérifien.

Pour Dezcallar, cette position intransigeante s’explique en partie par une perception de faiblesse au sein du gouvernement espagnol actuel. « Le Maroc teste ses marges de manœuvre dans un contexte où les scandales de corruption ébranlent l’exécutif de Pedro Sánchez », confie-t-il. Les tensions bilatérales se sont encore aggravées depuis l’autorisation accordée par Madrid à l’hospitalisation du leader sahraoui Brahim Ghali en 2021, une décision ayant provoqué une rupture diplomatique et un afflux de près de 10 000 migrants vers Ceuta.
Un conflit historique aux répercussions actuelles
Ceuta et Melilla, territoires espagnols depuis des siècles, sont revendiqués par le Maroc, qui les considère comme des enclaves occupées. Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé cette position lors d’une déclaration publique : « Chaque rencontre avec les autorités espagnoles est l’occasion de rappeler notre souveraineté. Nous restons fermes sur nos droits, et cette question sera résolue par la négociation et la patience. »
Face à ces déclarations, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a réagi sans ambiguïté depuis Ceuta : « Ceuta et Melilla sont espagnoles, et cela ne changera pas. » Un message clair, alors que le roi Felipe VI n’a jamais effectué de visite officielle dans ces villes, et que le déplacement d’un ministre des Affaires étrangères à Ceuta n’a eu lieu que récemment, dans une tentative de désamorcer les tensions.
Le déclencheur immédiat de la crise migratoire récente serait lié à l’arrêt de la Cour suprême espagnole interdisant les expulsions immédiates des migrants arrivant par voie maritime. « Il y a eu une forme de laxisme ou de négligence de la part des autorités marocaines », estime Dezcallar. Une analyse partagée par les services de renseignement locaux, qui avaient alerté sur une possible recrudescence des arrivées irrégulières dès la semaine précédant l’afflux.
Des menaces récurrentes et une diplomatie sous tension
L’ancien diplomate met en garde contre l’incapacité de l’Espagne à contrer ces flux migratoires, soulignant que ce n’est pas la première fois que Ceuta est submergée. En 2021, une manœuvre similaire avait été utilisée par Rabat comme moyen de pression, qualifiée par la ministre Robles de « chantage ». « Une erreur peut être pardonnée, mais pas deux », souligne Dezcallar, rappelant les avertissements répétés des autorités locales de Ceuta avant la crise.
Les réseaux sociaux amplifient aujourd’hui les appels à un nouvel assaut sur la ville, prévus pour le 15 août. Les syndicats de police et de la Garde civile ont confirmé l’existence de cette menace, renforçant les craintes d’une répétition des événements de juillet. « Quiconque croit que le Maroc abandonnera ses revendications sur Ceuta et Melilla se trompe lourdement », conclut l’ancien ambassadeur.