Le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie pour le Burkina Faso

Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis trois ans, a déclaré lors d’une interview télévisée que la démocratie était une menace pour son pays. « Les citoyens doivent tourner définitivement la page de la démocratie. Ce système ne nous convient pas », a-t-il affirmé avec fermeté.
Ce dirigeant, qui se présente comme un révolutionnaire luttant contre l’impérialisme occidental, a justifié sa position en évoquant l’exemple de la Libye, un pays marqué par des décennies de régime autoritaire avant d’être plongé dans le chaos après une intervention étrangère. « Regardez ce qui est arrivé à la Libye après que l’Occident y a imposé ses règles », a-t-il souligné.
un engagement initial abandonné, un pouvoir prolongé
En 2023, Traoré avait promis un retour à l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte militaire a annoncé une extension de son mandat de cinq ans, officialisant ainsi une rupture avec les promesses démocratiques.
Cette décision s’inscrit dans une série de mesures radicales. En janvier 2026, tous les partis politiques ont été interdits, leurs actifs transférés à l’État dans le cadre d’une refonte de l’organisation nationale. « Ces partis divisent le pays et favorisent la corruption. Ils n’ont pas leur place dans notre projet révolutionnaire », a-t-il expliqué.
un nouveau modèle politique en construction
Le chef de l’État burkinabè a insisté sur la nécessité de bâtir un système inédit, basé sur la souveraineté nationale, le patriotisme et une mobilisation populaire. Selon lui, les chefs traditionnels et les communautés locales doivent jouer un rôle central dans cette transition.
« Nous ne copions aucun modèle. Nous forgeons notre propre voie pour transformer radicalement notre société », a-t-il déclaré, ajoutant que les journées de travail de six à huit heures étaient insuffisantes pour permettre au pays de progresser.
une répression accrue et des accusations de violations
Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré a muselé l’opposition, les médias et la société civile. Des rapports récents, comme ceux de Human Rights Watch, révèlent une escalade de la violence : plus de 1 800 civils ont péri depuis 2023, dont les deux tiers seraient imputables aux forces armées et aux milices pro-gouvernementales. Les groupes islamistes armés sont responsables du reste des exactions.
Des témoignages et des enquêtes indiquent également que des détracteurs du régime sont envoyés en première ligne face aux groupes jihadistes, une pratique qualifiée de « punition » par plusieurs observateurs.
un soutien continental malgré les controverses
Malgré les critiques internationales, le capitaine Traoré bénéficie d’un soutien croissant en Afrique de l’Ouest. Son discours anti-occidental et son refus de collaborer avec les anciennes puissances coloniales, notamment la France, lui valent une popularité certaine. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont tous rompu leurs partenariats militaires avec Paris, se tournant vers des alliés comme la Russie pour sécuriser leur territoire.
Cependant, la violence jihadiste persiste, et les populations locales subissent de plein fouet les conséquences de cette instabilité chronique.
Dans son interview, Traoré a également critiqué les démocraties occidentales, affirmant qu’elles exportaient systématiquement le chaos sous couvert de liberté. « Partout où elles imposent leur modèle, c’est le sang et la destruction qui suivent », a-t-il dénoncé.