Le Burkina Faso serre la vis : la société civile sous pression de la junte

Au Burkina Faso, le gouvernement militaire intensifie sa mainmise sur la société civile par le biais de lois restrictives et de mesures punitives ciblant les organisations nationales et internationales. Les voix indépendantes, ainsi que les associations humanitaires et de défense des droits humains, font face à une répression croissante qui menace les libertés fondamentales.

Le 15 avril 2026, une décision radicale a été prise par le ministre de l’administration territoriale : la dissolution de 118 organisations de la société civile. Parmi elles, de nombreuses structures actives dans la promotion des droits humains. Pour justifier cette mesure, les autorités ont invoqué une loi sur la liberté d’association datant de juillet 2025, sans toutefois fournir de détails précis sur les manquements reprochés, se contentant d’allusions vagues à un non-respect de la législation.

Une stratégie pour museler la dissidence

Cette dissolution massive est perçue comme la dernière manœuvre de la junte burkinabè pour étouffer toute forme de contestation et échapper à un examen critique de son bilan en matière de droits humains. Une telle décision contribue à instaurer un climat de peur qui paralyse l’action civique indépendante dans le pays.

Cette politique répressive s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis la prise de pouvoir par les militaires en septembre 2022. Le coup d’État a marqué le début d’une offensive contre les organisations non gouvernementales, les médias indépendants, les défenseurs des droits et toute opposition pacifique, réduisant drastiquement l’espace civique. Des dizaines d’organisations et de médias, tant burkinabè qu’internationaux, ont été suspendus, interdits ou expulsés sous des prétextes administratifs flous ou en représailles à leurs critiques.

Dans ce contexte de crise sécuritaire aggravée par la lutte contre des groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, les autorités ont également procédé à des détentions de travailleurs humanitaires, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des enrôlements illégaux de défenseurs des droits, de journalistes et d’opposants politiques.

Un cadre légal contestable

Bien que certains des groupes dissous fussent inactifs, d’autres, comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF), étaient pleinement opérationnels. Ces organisations semblaient se conformer aux exigences de la loi de juillet 2025. Or, cette même loi accorde un délai d’un an pour se mettre en conformité, une période qui n’était pas encore écoulée au moment de la dissolution. La légalité de la décision gouvernementale est donc sérieusement remise en question, car elle semble prématurée.

La loi de juillet 2025, présentée comme un outil de régulation du secteur associatif et de lutte contre le financement du terrorisme, a en réalité considérablement renforcé le contrôle de l’État sur la société civile. Elle impose des contraintes lourdes qui freinent le travail humanitaire. Par exemple, les organisations étrangères doivent nommer des citoyens burkinabè à des postes de direction clés, les exposant à des risques personnels. Cette situation est aggravée par une modification du Code de la famille de septembre 2025, qui permet de retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée agir contre les intérêts de l’État.

Des mesures punitives et un contrôle accru

Début avril, en réaction à un rapport de Human Rights Watch sur les crimes de guerre, le gouvernement militaire avait menacé de prendre des « mesures fermes » contre ce qu’il qualifiait d’« officines impérialistes déguisés en ONG ». Par la suite, de nouvelles barrières administratives ont été érigées, comme l’obligation d’obtenir un « visa statistique » pour toute enquête ou recherche, un processus long et coûteux qui entrave la collecte de données indépendantes.

Au cours de l’année écoulée, plusieurs organisations humanitaires internationales ont été suspendues ou expulsées. Entre juin et juillet 2025, une vingtaine d’entre elles, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia et Geneva Call, ont vu leurs licences révoquées. La répression a aussi touché des individus : depuis 2022, plus de 70 travailleurs humanitaires, majoritairement burkinabè, ont été détenus. En août 2025, la principale représentante de l’ONU, Carol Flore-Smereczniak, a été expulsée. De même, huit membres de l’International Group Safety Organization (INSO) ont été arrêtés mi-2025 pour espionnage avant d’être libérés en décembre.

Les autorités utilisent également un décret de « mobilisation générale » d’avril 2023 pour enrôler de force dans l’armée des dizaines de voix critiques, notamment des journalistes et des militants. Si certains ont été libérés, d’autres, comme le journaliste d’investigation Serge Oulon, sont toujours portés disparus.

Le droit international protège pourtant les libertés d’expression et d’association. Les restrictions imposées par le Burkina Faso ne respectent pas les critères de nécessité et de proportionnalité. Une société civile forte et indépendante est pourtant un rempart essentiel contre les abus de pouvoir et un porte-voix pour les communautés marginalisées. Il est impératif que les autorités burkinabè permettent à ces organisations de travailler librement et garantissent les droits fondamentaux de tous les citoyens.