La note B du Cameroun résistera-t-elle à la succession de Paul Biya ?
Standard & Poor’s a reconduit la note souveraine du Cameroun à « B-/B » avec perspective stable, à la mi-septembre. Derrière ce maintien se cache une interrogation de fond : la transition politique à Yaoundé, longtemps considérée comme un sujet tabou, est désormais intégrée par les marchés comme une variable à part entière du risque pays. Pour les investisseurs comme pour les bailleurs multilatéraux, cette confirmation a tout d’un avertissement déguisé.
Une note maintenue qui sonne comme un avertissement
En validant le « B-/B », S&P reconnaît les efforts budgétaires consentis par Yaoundé dans le sillage du programme négocié avec le Fonds monétaire international. Mais l’agence rappelle aussi la fragilité structurelle de l’économie camerounaise. La note reste ancrée dans la catégorie spéculative, à cinq crans sous le seuil d’investissement, signe d’une capacité de remboursement exposée aux chocs. Les analystes relèvent une dette publique toujours pesante sur les recettes et une exécution du budget perturbée par la volatilité des cours pétroliers.
Au-delà de cette stabilité apparente, l’agence insiste sur les incertitudes politiques qui pourraient faire dérailler la trajectoire. Le Cameroun entre dans une séquence électorale décisive, avec une présidentielle qui scellera ou non la longévité d’un régime aux commandes depuis plus de quarante ans. Ce contexte alimente la prime de risque exigée par les marchés, dans une région déjà secouée par les turbulences sahéliennes et un resserrement des conditions de financement pour les émetteurs africains.
La succession présidentielle, nouvelle donne du risque pays
C’est bien la question de la transition au sommet de l’État qui concentre toutes les attentions. L’agence américaine estime que l’issue du scrutin — et plus largement la gestion de l’après-Biya — déterminera la stabilité macroéconomique du pays dans les années à venir. Une transition institutionnelle maîtrisée permettrait de préserver la relation avec les partenaires financiers, à commencer par le FMI, dont le programme sert de socle aux réformes structurelles. À l’inverse, tout blocage politique, contestation post-électorale ou vacance mal préparée exposerait Yaoundé à une fuite brutale des capitaux et à une dégradation de sa signature.
Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun joue un rôle d’ancrage régional. Sa signature influence directement les conditions de financement des autres émetteurs de la zone franc, du Gabon à la République du Congo. Un décrochage souverain camerounais aurait donc des répercussions immédiates sur la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et sur les réserves de change communes, déjà mises à rude épreuve par les besoins de refinancement extérieur des pays membres.
Réformes budgétaires : des avancées mais des vulnérabilités tenaces
Sur le plan macroéconomique, S&P salue les efforts engagés pour rationaliser les subventions aux carburants, élargir l’assiette fiscale et contenir la masse salariale. Ces mesures, imposées par la lettre d’intention signée avec le FMI, ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de niveaux jugés soutenables. Mais la mobilisation des recettes non pétrolières demeure faible, autour de 12 à 13 % du produit intérieur brut, un ratio bien en deçà des standards des économies comparables.
La dépendance aux hydrocarbures continue par ailleurs de fragiliser les équilibres extérieurs. La production pétrolière camerounaise décline structurellement, érodant les recettes d’exportation alors que les besoins d’importation, notamment alimentaires et énergétiques, restent élevés. Le service de la dette extérieure, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, absorbe une part croissante des ressources publiques, réduisant la marge de manœuvre budgétaire pour les investissements de long terme.
Les partenaires techniques et financiers surveillent aussi la mise en œuvre effective des recommandations du FMI sur la gouvernance des entreprises publiques, en particulier dans les hydrocarbures et l’électricité. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co figurent parmi les entités dont la restructuration conditionne la crédibilité de la trajectoire budgétaire annoncée à l’horizon 2027.
Un message à double tranchant pour les investisseurs et les bailleurs
Pour les gestionnaires d’actifs exposés à la dette africaine, le signal envoyé par S&P est ambivalent. La stabilité de la note ouvre la voie à de nouvelles émissions d’eurobonds ou à des placements privés, si les conditions de marché le permettent. Mais la mention explicite du risque politique incite à la prudence, à quelques semaines d’une échéance dont l’issue redessinera la géographie du pouvoir dans la sous-région. Les diplomates occidentaux et les capitales du Golfe, désormais très actives dans le financement des infrastructures africaines, observent la situation avec la même attention.
L’agence a expressément lié la stabilité de sa perspective à la capacité des autorités à garantir une transition ordonnée, condition indispensable au maintien de l’accès aux marchés internationaux de capitaux.
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