Iyad ag ghaly et ses complices sous haute récompense au Mali

Le gouvernement malien a lancé un appel à la mobilisation générale contre les groupes armés qui menacent la stabilité du pays. Une prime record de 2 milliards de francs CFA a été promise pour la capture d’Iyad Ag Ghaly, figure emblématique du djihadisme sahélien et chef du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), également appelé Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Cette décision exceptionnelle s’inscrit dans un contexte de tensions accrues après les attaques simultanées de Kidal et Kati, menées conjointement par des éléments du JNIM et des séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces opérations, survenues fin avril, ont coûté la vie au ministre malien de la Défense et plongé le pays dans une crise sécuritaire sans précédent.

Des primes record pour des cibles majeures

Illustration d'un marché animé au Mali

Dans un communiqué officiel diffusé par le ministère de la Sécurité et de la Protection civile, les autorités ont détaillé les primes attribuées aux personnes contribuant à l’arrestation ou à la neutralisation de sept individus considérés comme des menaces majeures pour la nation. Outre Iyad Ag Ghaly, voici les autres cibles visées :

  • Amadou Koufa (chef de la katiba Macina) et Abdoulaye Mohamed (alias Habib, également de la katiba Macina) : 1,5 milliard de francs CFA chacun ;
  • Algabas Ag Intallah, figure politique et militaire du Front de libération de l’Azawad (FLA) : 1 milliard de francs CFA ;
  • Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna, trois responsables du FLA : 500 millions de francs CFA chacun.

Le ministère a précisé que ces récompenses s’adressent aux citoyens qui fourniront des informations fiables, exploitables et pertinentes, permettant d’aboutir à l’interpellation ou à l’élimination des fugitifs. Une campagne de sensibilisation a été lancée pour encourager la population à signaler toute présence suspecte aux forces de l’ordre.

Qui est Iyad Ag Ghaly, l’homme le plus recherché du Sahel ?

Portrait d'Iyad Ag Ghaly lors d'une rencontre avec des autorités régionales

Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure complexe du paysage sahélien. Son parcours, marqué par des alliances changeantes, illustre l’évolution des mouvements armés au Mali et dans la sous-région.

Dans les années 1970, il s’engage aux côtés des troupes du colonel Kadhafi en Libye, participant à des conflits au Liban et au Tchad. De retour au Mali au début des années 1990, il fonde le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) et déclenche une rébellion touarègue. Plus tard, il dirige le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA) avant de signer un accord de paix avec Bamako en 1992.

Son virage vers l’islamisme radical s’amorce dans les années 2000, lorsqu’il se rapproche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), affilié à Al-Qaïda. En 2012, il fonde Ansar Dine et s’allie à AQMI pour imposer la charia dans le Nord du Mali. Cinq ans plus tard, il crée le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), une coalition djihadiste unissant plusieurs factions sous la bannière d’Al-Qaïda.

Selon les analystes du Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly est désormais la principale menace pour le gouvernement malien. Son approche a évolué : plutôt que de se concentrer sur les affrontements directs avec l’armée, il privilégie des attaques économiques. En bloquant les axes routiers et en sabotant les infrastructures critiques (lignes électriques, réseaux de distribution), il cherche à asphyxier les grandes villes, notamment Bamako, pour déstabiliser le régime.

Le think tank souligne que son objectif n’est pas de prendre le pouvoir, mais d’affaiblir l’État de l’intérieur en créant un climat d’insécurité généralisée. Une stratégie qui force les autorités à repenser leur réponse, au-delà de la seule dimension militaire.

La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre Iyad Ag Ghaly pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, liés à des exactions commises entre 2012 et 2013. Son groupe, le JNIM, est aujourd’hui l’un des acteurs les plus actifs du terrorisme au Sahel, opérant en Mali, au Niger et au Burkina Faso.