Avec une dette publique s’élevant à 60,2 % du PIB à fin juin 2026, le Togo se maintient en dessous du plafond de 70 % fixé par l’UEMOA. Pourtant, cette marge de sécurité de 9,8 points ne doit pas occulter les défis croissants liés au coût de l’endettement et aux besoins de financement de l’État. Les autorités togolaises tentent d’ajuster leur politique en privilégiant des emprunts extérieurs à des conditions plus avantageuses. Une question cruciale se pose alors : le pays peut-il continuer à s’endetter sans fragiliser sa stabilité financière ?
Un ratio dette/PIB en baisse, mais un endettement réel qui progresse
À première vue, la dette publique togolaise semble maîtrisée. Le ratio dette/PIB est passé de 62,8 % à fin 2025 à 60,2 % à mi-2026, selon les dernières données disponibles. Pourtant, cette amélioration ne reflète pas une réduction de la dette en valeur absolue. En effet, la dette de l’administration centrale a augmenté de 3,4 %, passant de 4 312,6 à 4 458,1 milliards FCFA sur la même période. La baisse du ratio s’explique principalement par une hausse plus rapide du PIB nominal que par une diminution de l’encours de la dette. En réalité, le poids économique de la dette diminue, mais le montant total dû par l’État continue de gonfler.
Le plafond de 70 % de l’UEMOA : une limite à ne pas sous-estimer
Le seuil de 70 % du PIB imposé par l’UEMOA n’est pas une simple formalité. Il vise à préserver la stabilité macroéconomique des États membres et à limiter les risques d’un endettement excessif. Bien qu’un pays ne soit pas automatiquement sanctionné dès qu’il s’en approche ou le dépasse, frôler cette limite réduit considérablement les marges de manœuvre budgétaires. En cas de choc économique, de baisse des recettes fiscales ou de dépenses imprévues, la capacité à contracter de nouveaux emprunts devient plus limitée. Les autorités pourraient alors être contraintes de réduire certaines dépenses, augmenter les impôts ou ralentir les investissements publics pour maîtriser le déficit.
Autre risque majeur : l’augmentation du coût du financement. Plus un pays est perçu comme endetté, plus les créanciers exigent des taux d’intérêt élevés, ce qui alourdit mécaniquement la dette. Un cercle vicieux peut alors s’installer : l’État emprunte pour rembourser ses dettes existantes, mais consacre une part croissante de son budget au paiement des intérêts, réduisant d’autant ses ressources disponibles pour les investissements et les services publics.
La structure de la dette togolaise : un défi plus pressant que le volume
Au-delà du ratio dette/PIB, la répartition et la maturité de la dette togolaise posent problème. Selon les données du FMI, la maturité moyenne des nouvelles émissions régionales est tombée à 1,5 an en 2024, contre 7 ans en 2022. Par ailleurs, 71 % des besoins de financement ont été couverts par des bons du Trésor en 2024, contre seulement 5 % entre 2021 et 2022. Ces chiffres révèlent une dépendance accrue aux emprunts à court terme, ce qui expose le Togo à des risques de refinancement et à une volatilité des taux d’intérêt.
Les contraintes financières de fin d’année 2025 ont également entraîné l’accumulation d’obligations de paiement en attente, représentant environ 0,6 % du PIB. Cette situation illustre la difficulté pour le pays à honorer ses échéances sans compromettre ses dépenses prioritaires, comme les infrastructures, l’éducation ou la santé.
Vers une diversification des sources de financement
Face à ces enjeux, le gouvernement togolais a entrepris de rééquilibrer sa stratégie d’endettement en favorisant les prêts extérieurs concessionnels. L’objectif est clair : réduire la dépendance aux emprunts régionaux, souvent assortis de taux élevés et de maturités courtes. Les financements extérieurs, notamment ceux accordés par des partenaires au développement, offrent des avantages majeurs : taux plus bas, durées de remboursement plus longues et périodes de grâce. Ces caractéristiques permettent une meilleure répartition des charges financières et limitent les besoins de refinancement à court terme.
Le plan de financement pour 2026 reflète cette orientation : 650,7 milliards FCFA de nouveaux emprunts extérieurs sont prévus, contre 486,1 milliards FCFA de financements intérieurs. Parmi ces derniers, 386,1 milliards FCFA proviennent de l’UMOA-Titres. Le Togo ne cherche donc pas à remplacer totalement les emprunts régionaux par des prêts étrangers, mais plutôt à diversifier ses sources de financement pour optimiser les coûts et les échéances.
Emprunts extérieurs : une solution, mais pas une garantie
Il est essentiel de rappeler que les emprunts extérieurs comptent également dans le calcul du plafond de 70 % fixé par l’UEMOA. Un prêt contracté auprès de la Banque mondiale ou de la Banque africaine de développement augmente tout autant l’encours de la dette publique qu’une émission obligataire régionale. La réorientation de la stratégie d’endettement ne réduit donc pas mécaniquement le niveau global de la dette. Son efficacité dépend avant tout des conditions financières obtenues et de la capacité du pays à honorer ses engagements.
Dette publique togolaise : entre soutenabilité et défis économiques
Le FMI considère la dette publique togolaise comme soutenable, tout en soulignant que les marges de manœuvre restent limitées à court terme. Respecter le plafond de 70 % est un objectif nécessaire, mais insuffisant. La véritable question n’est pas de savoir combien le Togo peut emprunter, mais si ces nouveaux emprunts permettront de générer suffisamment de recettes économiques et fiscales pour couvrir leur coût.
Pour que la réorientation vers des financements extérieurs soit bénéfique, plusieurs conditions doivent être réunies : les fonds doivent être décaissés dans les délais, ils doivent financer des projets pertinents et leur remboursement doit rester compatible avec les capacités budgétaires du pays. Sinon, le risque est de voir les remboursements et les intérêts absorber progressivement les ressources allouées aux infrastructures, aux services publics et aux dépenses sociales.
Pour le Togo, l’équilibre est complexe : faire fructifier l’endettement au service du développement sans laisser les charges financières étouffer les dépenses prioritaires. Sous les 70 %, oui. Mais préserver la capacité de l’État à payer ses dettes et à financer son avenir l’est tout autant.
