Guerre Iran-États-Unis : le Maroc en première ligne face à un choc pétrolier à Hormuz
— Une étude du Policy Center for the New South analyse les répercussions mondiales du conflit
Le Policy Center for the New South (PCNS) a publié un ouvrage collectif intitulé « Hormuz and the Invisible Fractures: the Price of a Distant War », consacré aux conséquences géopolitiques, économiques et sécuritaires de la guerre opposant l’Iran, les États-Unis et Israël, ainsi qu’aux tensions autour du détroit d’Hormuz.
Rassemblant les contributions de plusieurs experts internationaux — Abdelhak Bassou, Ferid Belhaj, Ian Lesser, Hafez Ghanem, Hinh T. Dinh et Rida Lyammouri —, l’ouvrage examine les effets du conflit sur différentes régions du monde, avec une attention particulière portée au Maroc, à l’Afrique et aux pays du Sud.
Selon les auteurs, la crise d’Hormuz dépasse largement le cadre d’un conflit régional. Elle met en lumière les fragilités d’une économie mondialisée fortement dépendante des flux énergétiques, commerciaux et logistiques transitant par ce passage maritime stratégique, par lequel circulent une part importante du pétrole, du gaz, des engrais et du commerce international.
L’un des chapitres, rédigé par l’économiste Hinh T. Dinh, analyse les effets d’une hausse de 20 % des prix du pétrole sur les économies du Maroc, de la Tunisie et de l’Égypte.
S’appuyant sur un modèle économique entrées-sorties, l’étude conclut que le Maroc apparaît comme le pays le plus exposé aux répercussions d’un choc pétrolier lié à la crise d’Hormuz. L’analyse met en évidence des vulnérabilités dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la construction, les transports et diverses activités dépendantes des produits énergétiques.
À l’inverse, l’Égypte bénéficierait partiellement de la hausse des prix grâce aux recettes pétrolières de l’État, tandis que la Tunisie afficherait un bilan globalement équilibré malgré d’importantes disparités entre secteurs.
+ Une remise en question de l’ordre international +
Au-delà des aspects économiques, plusieurs auteurs considèrent que la guerre de 2026 constitue un tournant dans l’évolution de l’ordre international.
Ferid Belhaj estime que le conflit illustre la fragmentation croissante du système mondial et l’affaiblissement des mécanismes traditionnels de coopération et de dissuasion. Marcus Vinicius de Freitas y voit, pour sa part, l’émergence d’un monde davantage multipolaire où les conflits sont gérés plutôt que résolus.
Dans une autre contribution, Ian Lesser analyse les répercussions de la guerre sur les relations transatlantiques, estimant qu’elle a accentué les divergences entre les États-Unis et plusieurs pays européens concernant l’usage de la force et la gestion des crises internationales.
L’ouvrage souligne également les risques pesant sur la sécurité énergétique africaine, les équilibres du Sahel et les économies sud-américaines, tout en mettant en évidence le rôle croissant des minerais stratégiques dans les nouvelles dynamiques géopolitiques mondiales.
Selon le PCNS, ce travail collectif constitue une contribution au débat sur les mutations de l’ordre international et sur les stratégies que les États devront adopter face à des crises susceptibles de perturber durablement les chaînes d’approvisionnement, les marchés de l’énergie et les équilibres géopolitiques mondiaux.