GRâcE présidеntiеllе аu Tchad : lIBérté pоur l’оppоsitiоn, mаis pаs d’аmnistie tоtаlе

Une mesure historique de clémence vient de libérer plusieurs figures de l’opposition tchadienne. Le président Mahamat Idriss Déby a signé, ce vendredi, un décret de grâce présidentielle en faveur d’anciens responsables politiques condamnés pour insurrection. Parmi eux, l’ex-Premier ministre Succès Masra, condamné à vingt ans de prison, ainsi que huit autres dirigeants de partis membres de la plateforme d’opposition GCAP.

Cette grâce présidentielle efface leurs peines de prison, mais ne les exonère pas de leurs condamnations. Leur casier judiciaire reste chargé, et ils conservent des dettes civiles et financières. Surtout, leur inéligibilité persiste, ce qui les empêche de participer pleinement à la vie politique nationale. Une nuance fondamentale, car l’amnistie, contrairement à la grâce, aurait effacé toutes les conséquences de leurs condamnations.

L’analyste politique Bétinbaye Yamingué souligne l’importance de cette distinction : « Le président Déby, par cette décision, répond à une attente de l’opinion publique. Il utilise les prérogatives constitutionnelles pour libérer ces acteurs, mais c’est désormais au Parlement de jouer son rôle. »

Un Parlement sous contrôle

Pour qu’une amnistie soit effective, seul l’Assemblée nationale tchadienne a le pouvoir de la voter. Pourtant, la majorité des sièges (124 sur 188) est détenue par le parti au pouvoir, limitant considérablement les chances d’une initiative parlementaire en faveur de ces opposants fraîchement libérés.

L’expert ajoute : « Une grâce qui ne s’accompagne pas d’une amnistie risque de rester une mesure superficielle. Libérer des leaders politiques, c’est bien, mais leur permettre de retrouver une pleine légitimité politique, c’est mieux. Sans cela, cette décision pourrait être perçue comme une manœuvre tactique plutôt qu’un véritable geste d’apaisement. »

Des réactions partagées au sein de la classe politique

Les avis divergent quant à cette mesure de clémence. Le parti Les Transformateurs, dont Succès Masra est le leader, n’a pas encore réagi officiellement, préférant attendre sa libération effective. En revanche, Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti, s’est exprimé pour saluer une décision « dans l’esprit de l’unité nationale » et appeler à un dialogue constructif pour renforcer la paix.

À l’opposé, Hissein Abdoulaye, porte-parole du GCAP, critique vivement cette grâce présidentielle. Pour lui, « condamner des responsables politiques, puis les gracier tout en leur retirant leurs droits civiques, représente un recul démocratique inacceptable. » Une position partagée par une partie de la société civile, qui voit dans cette mesure une demi-mesure.

Dans le camp présidentiel, le ton est bien plus positif. Le Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir, qualifie cette grâce de « salutaire », estimant qu’elle permettra à ces opposants de retrouver leur famille et de se réinsérer dans la société.