Gabon : la révision de l’impôt minier entraîne une perte de 51,8 milliards de francs CFA
Un ajustement budgétaire qui percute la stratégie minière du Gabon
Le manganèse constitue, aux côtés du bois et du pétrole, la troisième source de devises du pays. Libreville se positionne comme le deuxième producteur mondial du minerai, extrait principalement dans le Haut-Ogooué par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du français Eramet, et par Nouvelle Gabon Mining. Depuis 2023 et la prise de pouvoir des militaires du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités ont multiplié les annonces sur la nécessité de tirer davantage de recettes fiscales des concessions minières. La révision drastique acte pourtant l’inverse dans les comptes publics.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce décrochage. Le cours du manganèse a subi une correction sévère sur les marchés internationaux depuis le second semestre 2024, après un pic provoqué par l’incendie d’une mine australienne en début d’année. La chute des prix a mécaniquement pesé sur les résultats d’exploitation des opérateurs présents au Gabon, réduisant d’autant leur assiette imposable. Reste que l’écart entre la prévision initiale et l’exécution effective interroge la qualité du calibrage budgétaire retenu en loi de finances initiale.
Une transparence fiscale à l’épreuve de la rente extractive
Le sujet est d’autant plus sensible que le Gabon s’est réengagé dans le processus de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) après plusieurs années d’éclipse. Les 51,8 milliards abandonnés représentent, à titre de comparaison, l’équivalent de plusieurs mois de solde de la fonction publique dans certains ministères techniques. La perte se produit alors que Libreville négocie parallèlement avec le Fonds monétaire international un nouveau cadre de soutien budgétaire, dans un contexte de tension sur la liquidité et de recours accru aux marchés régionaux de la Beac pour boucler les fins de mois.
Les analystes locaux relèvent une contradiction apparente entre le discours de fermeté à l’égard des multinationales extractives et la réalité comptable de la loi rectificative. Les autorités de transition avaient annoncé, dès l’automne 2023, une revue de l’ensemble des conventions minières et pétrolières, avec l’objectif de renégocier les régimes fiscaux jugés défavorables à l’État. Deux ans plus tard, le rendement effectif de l’impôt sur les sociétés du secteur minier atteint à peine 3 % de la cible initiale, sans qu’aucune communication officielle n’explicite les hypothèses macroéconomiques ou contractuelles ayant conduit à cette révision.
Un signal envoyé aux partenaires et aux investisseurs
La séquence intervient à quelques semaines d’échéances stratégiques. Le pays doit publier son cadrage budgétaire pluriannuel et arbitrer entre la poursuite des grands chantiers d’infrastructures et la contention du déficit. Une rentrée fiscale amputée de 51,8 milliards contraint mécaniquement le gouvernement à ajuster ses arbitrages, soit par une compression des dépenses, soit par un recours élargi à l’endettement intérieur. Les bailleurs multilatéraux observeront avec attention la manière dont l’exécutif justifiera cet écart devant le Parlement de transition.
Pour les opérateurs miniers, l’épisode envoie un message ambivalent. D’un côté, la baisse de la charge fiscale effective offre une bouffée d’oxygène dans un cycle bas des cours. De l’autre, elle nourrit le risque politique en alimentant le débat national sur la juste rétribution de la ressource. Concrètement, la prochaine loi de finances 2026, attendue à l’automne, devra clarifier si l’ajustement relève d’un accident conjoncturel ou d’une reconfiguration durable du rendement fiscal des mines gabonaises.