Et si le carburant devenait l’arme qui fait tomber le centre du Mali ?

Et si le véritable point de rupture au centre du Mali n’était plus militaire, mais énergétique ? Ce jeudi 24 septembre, aux alentours de 12 h 10, heure locale, le carrefour de Djenné — un verrou stratégique de la RN6, cet axe qui relie le sud du pays aux régions septentrionales — a été submergé par un assaut d’une rare violence, conduit par les combattants du Jama’at Nusrat al-Muslimin (JNIM), formation affiliée à Al-Qaïda.
Quelques minutes ont suffi. Le poste militaire de Djenné est tombé aux mains des insurgés, au terme d’un déluge de tirs et d’explosions. À Bamako, l’État-major général des Armées n’a pas encore rendu public le bilan humain, mais celui-ci s’annonce particulièrement lourd. Sur les lieux, les assaillants ont raflé un important stock d’équipements :
- des véhicules tactiques ;
- des armes lourdes ;
- des munitions en grande quantité.
Cette nouvelle défaillance sécuritaire expose au grand jour les failles d’un dispositif militaire épuisé par les tactiques d’asphyxie du JNIM.
Un encerclement éclair et une position perdue en quelques minutes
Les récits recueillis sur place convergent : les assaillants sont arrivés en masse, ont bouclé la position militaire en un temps record avant de déclencher l’offensive. « L’attaque a été d’une violence inouïe. Les tirs venaient de tous les côtés et les forces de défense n’ont pas pu tenir leur ligne de soutien très longtemps », raconte un habitant, qui préfère garder l’anonymat.
Des images de victoire diffusées par les assaillants
Après le repli des forces loyales, des vidéos mises en ligne par la formation jihadiste montrent des hommes armés défilant au milieu des installations encore fumantes du camp, exhibant le matériel saisi comme autant de trophées de guerre.
Le carburant, arme silencieuse d’un siège économique
Si l’effondrement aussi rapide du camp interroge, les analystes désignent la crise logistique qui paralyse les opérations dans tout le secteur. Depuis plusieurs mois, le JNIM resserre son étau économique et militaire sur la région de Mopti. En interceptant les convois de citernes sur les grands axes commerciaux qui relient le Mali aux pays voisins, la formation armée a instauré un blocus quasi total sur le carburant.
Des patrouilles à l’arrêt et un soutien aérien retardé
Cette asphyxie énergétique frappe de plein fouet la capacité d’intervention rapide des Forces Armées Maliennes (FAMa) et de leurs auxiliaires. Faute d’essence, les patrouilles de reconnaissance sont réduites au strict minimum, les blindés restent immobilisés dans leurs bases et l’appui aérien accuse de lourds retards d’engagement.
Africa Corps réclame plus de carburant : jusqu’où la tension peut-elle monter ?
Devant cette paralysie rampante, la pression grimpe d’un cran au sommet de la hiérarchie militaire. Des sources sécuritaires régionales font état d’une demande pressante du contingent paramilitaire russe Africa Corps auprès des autorités de transition à Bamako : une augmentation immédiate de ses dotations en essence et en carburant aérien.
Les officiers russes déplorent l’impossibilité de conduire des contre-offensives efficaces ou d’assurer la couverture logistique des postes avancés sans un approvisionnement d’urgence dédié et sécurisé. Or, dans un contexte où les réserves nationales de produits raffinés sont au plus bas à cause du blocus sur les routes, répondre à ces exigences relève du casse-tête stratégique.
L’attrition plutôt que la bataille : quel scénario pour les prochains mois ?
L’attaque du carrefour de Djenné illustre de façon spectaculaire la stratégie d’usure du JNIM : priver l’adversaire de sa mobilité pour mieux frapper ses points faibles isolés. Alors que le centre du pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’isolement, le gouvernement de transition doit affronter un double défi : briser le siège énergétique imposé par les insurgés et préserver la cohésion de son alliance militaire sur le terrain.