Une tournée diplomatique éclair sur trois capitales clés du Sahel : le président béninois Romuald Wadagni a entamé sa première visite officielle hors des frontières du Bénin pour relancer une coopération régionale mise à mal par les crises sécuritaires et les tensions politiques.
En l’espace d’une semaine, le chef de l’État s’est rendu à Abuja, Niamey et Ouagadougou, trois villes stratégiques pour le Bénin. L’objectif affiché ? Retisser des liens solides avec le Nigéria, le Niger et le Burkina Faso, malgré les divergences institutionnelles récentes. La priorité : la sécurité et l’économie, deux dossiers urgents pour les populations frontalières.
Renforcer les échanges économiques et sécuritaires avec Abuja
Le Nigéria, premier partenaire commercial du Bénin, joue un rôle central dans la lutte contre les groupes armés opérant dans le bassin du lac Tchad. Wadagni a plaidé pour une fluidification du corridor Lagos-Cotonou, dont les blocages entravent les échanges entre les deux pays. Une meilleure coordination est essentielle pour dynamiser les économies locales et renforcer la résilience face aux menaces terroristes.
Coordination transfrontalière : un impératif pour le Niger et le Burkina Faso
Au Niger et au Burkina Faso, la question de la sécurité a dominé les discussions. Les incursions djihadistes dans les régions de l’Atacora et de l’Alibori, frontalières avec le Bénin, nécessitent une réponse coordonnée. Wadagni a évoqué la reprise des échanges de renseignements et la réouverture partielle des flux commerciaux pour rétablir une dynamique de confiance.
Contrairement aux périodes précédentes, marquées par des tensions autour des positions sur la CEDEAO ou les transitions militaires, le président béninois a adopté une approche pragmatique. Son discours s’est concentré sur les défis concrets à résoudre, évitant les débats politiques stériles pour privilégier des solutions opérationnelles.
Un équilibre délicat entre deux blocs régionaux
Les trois pays visités ne partagent pas la même vision des institutions régionales. Le Nigéria reste un membre actif de la CEDEAO, tandis que le Niger et le Burkina Faso ont formé l’Alliance des États du Sahel après leur retrait. Dans ce contexte, le Bénin se trouve dans une position complexe : maintenir sa crédibilité auprès des partenaires traditionnels tout en préservant des relations apaisées avec ses voisins directs.
La réussite de cette diplomatie repose sur deux piliers : la mise en place d’unités mixtes de patrouille dotées de moyens logistiques suffisants et un cadre juridique clair. Sans ces garanties, aucun accord bilatéral ne pourra perdurer dans le temps. Les populations frontalières, elles, attendent avant tout la réouverture des marchés et la sécurisation des axes routiers.
Vers une diplomatie de projet axée sur l’action concrète
Wadagni mise sur une stratégie de résultats immédiats. Plutôt que de s’attarder sur les divergences politiques, il privilégie des accords techniques dans des domaines comme l’eau, l’énergie et la mobilité transfrontalière. L’idée est de créer des interdépendances économiques qui rendent le désengagement coûteux pour chaque partie.
Si cette méthode porte ses fruits d’ici fin 2027, le Bénin pourrait retrouver un rôle de facilitateur dans la sous-région. À l’inverse, l’échec de cette approche risquerait d’épuiser les efforts diplomatiques sans impact tangible sur le terrain, alors que l’insécurité continue de progresser.
Un test décisif à court terme
Le premier défi sera la mise en œuvre des engagements pris lors des rencontres de Niamey et Ouagadougou, notamment sur la sécurisation du corridor Nord. Sans avancées concrètes d’ici la fin de l’année, le discours du pragmatisme perdra en crédibilité et pourrait affaiblir la position du Bénin dans les négociations futures.