Crises en France : quand les juntes du Sahel transforment les émeutes en levier géopolitique

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Le chaos urbain en France, nouvel argument des juntes sahéliennes

Chaque épisode de violence urbaine en France, des émeutes aux affrontements avec les forces de l’ordre, alimente une propagande ciblée à Niamey, Bamako et Ouagadougou. Les juntes militaires au pouvoir dans l’Alliance des États du Sahel (AES) exploitent ces images pour discréditer l’Occident et consolider leur légitimité.

Une inversion des récits : l’Occident sous le feu des critiques

Les réseaux sociaux pro-juntes inondent les écrans des capitales sahéliennes avec des vidéos des troubles en France. Ce qui, pour les médias européens, relève d’une crise interne, devient aux yeux de leurs détracteurs une preuve de la déchéance du « modèle occidental ». Les juntes, depuis leurs prises de pouvoir (Assimi Goïta au Mali, Ibrahim Traoré au Burkina Faso, Abdourahamane Tiani au Niger), ont érigé la rupture avec Paris en doctrine. La crise française leur offre un terrain fertile pour accélérer cette dynamique.

Un revirement accusateur : la France, jadis donneuse de leçons, humiliée

Pendant des années, Paris a conditionné son soutien diplomatique à des critères démocratiques stricts. Aujourd’hui, les régimes de l’AES retournent l’argument avec ironie. Les mesures répressives en France (interdiction de manifester, usage de grenades de désencerclement, blocages institutionnels) sont brandies comme la démonstration d’une hypocrisie occidentale. Les partisans des juntes y voient une victoire symbolique : « Enfin, le masque tombe », clament-ils.

Trois stratégies pour exploiter la crise française

  • Saper la crédibilité démocratique : En associant instabilité et démocratie libérale, les juntes présentent leurs régimes autoritaires comme la seule alternative viable pour la stabilité régionale.
  • Détourner l’attention des crises locales : Pendant que l’opinion sahélienne est focalisée sur les émeutes hexagonales, les juntes minimisent leurs difficultés internes : insécurité persistante, coupures d’électricité et inflation galopante.
  • Accélérer l’éloignement de l’Occident : Les images des troubles en France sont relayées par des réseaux pro-russes ou turcs, renforçant le récit d’un Occident déclinant. Ces narratifs justifient le rapprochement avec Moscou, Ankara ou Téhéran.

Les limites d’une propagande à double tranchant

Des observateurs soulignent pourtant l’absurdité de ce parallèle. Si la France permet les manifestations et la critique ouverte de ses dirigeants, ces libertés n’existent pas dans les États de l’AES, où toute dissidence est étouffée au nom de la « stabilité nationale ». Pourtant, sur le terrain, le mal est fait : l’image d’une France modèle s’effrite.

Un effritement progressif du soft power français

Chaque pavé lancé à Paris est une pierre de plus dans le mur des relations franco-sahéliennes. Les juntes, en instrumentalisant les troubles internes français, transforment une crise locale en arme géopolitique. Leur objectif ? Remplacer l’ancienne puissance coloniale par de nouveaux alliés, tout en consolidant leur pouvoir. Le succès de cette stratégie se mesure désormais en crédibilité perdue pour la France.

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Amadou Diabaté

Journaliste