Le Burkina Faso, confronté à un isolement financier sur la scène internationale, mise une nouvelle fois sur le marché régional de l’UMOA pour pallier ses besoins urgents de trésorerie. Entre le 12 et le 30 octobre, l’État burkinabè lance une émission obligataire de 100 milliards de FCFA, équivalant à 171,2 millions de dollars. Une opération révélatrice de la dépendance croissante de Ouagadougou envers un endettement à court et moyen terme pour couvrir un déficit budgétaire sous haute tension.
Pour attirer les investisseurs locaux, le gouvernement étend la maturité de sa dette jusqu’à dix ans, une première nationale, tout en proposant des taux d’intérêt oscillant entre 6,60 % et 7 %. Si cette tactique allège temporairement la pression des remboursements, elle alourdit durablement le coût global du crédit pour l’État. Depuis le début de l’année, plus de 1 000 milliards de FCFA ont déjà été levés sur ce marché, transformant ce circuit financier en une source de liquidités quasi quotidienne, mais aussi en un signal d’alerte sur la soutenabilité future de la dette.
Une dette intérieure qui frôle les 8 300 milliards FCFA
L’encours de la dette publique burkinabè atteint désormais 8 311 milliards de FCFA au milieu de l’année 2025, marquant une hausse vertigineuse de 13 % en seulement douze mois. Pire encore, près de 60 % de cette somme provient de l’endettement intérieur, un phénomène qui exerce une pression extrême sur les banques et institutions financières locales.
Ce phénomène crée un effet d’éviction préoccupant pour le secteur privé. Les entreprises burkinabè, déjà fragilisées par un environnement des affaires instable et une insécurité persistante, voient leurs accès aux crédits bancaires se réduire comme une peau de chagrin. Résultat : l’investissement dans l’économie réelle, moteur essentiel de la croissance, se trouve étouffé par cette absorption massive des liquidités disponibles.
Une économie sous perfusion, mais sans réforme structurelle
Malgré les alertes du FMI, qui qualifie encore le risque de surendettement de « modéré » (avec un ratio dette/PIB d’environ 51 %), la situation reste précaire. Cette estimation repose en grande partie sur la stabilité des cours mondiaux de l’or, principale ressource d’exportation du pays. Pourtant, les prévisions gouvernementales, qui anticipent une croissance de 6 % en 2026 contre 4,9 % pour le FMI, reposent sur des hypothèses fragiles.
En réalité, la majorité des fonds empruntés sert principalement à financer des dépenses de sécurité et des coûts de fonctionnement d’urgence, plutôt que des projets d’infrastructures capables de générer des revenus durables. Sans réformes structurelles pour diversifier les recettes fiscales ou assainir les finances publiques, le Burkina Faso s’engage dans un cycle où chaque nouvelle dette ne fait que rembourser l’ancienne, sans jamais résoudre les problèmes de fond.
Les risques d’un cercle vicieux sans issue
La stratégie actuelle de l’État, basée sur une accumulation incessante de dettes à court terme, expose le pays à des risques financiers majeurs. Les taux proposés, bien qu’attractifs pour les investisseurs régionaux, alourdissent le fardeau de la dette sur le long terme. Par ailleurs, la dépendance aux marchés financiers locaux limite la capacité du gouvernement à négocier des conditions plus avantageuses sur les marchés internationaux.
Avec une économie locale déjà en difficulté et une pression fiscale qui ne cesse de croître, le risque de voir ce cercle vicieux s’aggraver est réel. Les ménages et les entreprises, pris entre l’étau de la dette publique et la baisse des liquidités disponibles, pourraient subir de plein fouet les conséquences de cette spirale.
