Crise des agréments miniers au Cameroun : l’or artisanal en péril

La filière minière artisanale camerounaise fait face à une crise majeure. La Société nationale des mines (SONAMINES), chargée de la commercialisation légale de l’or et du diamant, a gelé la délivrance et le renouvellement d’agréments pour les bureaux d’achat. Cette mesure, censée renforcer le contrôle, provoque une réaction en chaîne dans le secteur et alimente les tensions avec le Syndicat national des promoteurs des bureaux d’achats des diamants, de l’or et des orpailleurs du Cameroun (SYNAPROBADIOCAM).

Ousmanou Aladji Hamadou, président du SYNAPROBADIOCAM, dénonce un blocage administratif qui prive près de 200 opérateurs d’une reconnaissance officielle. Sans agrément valide, ces acteurs se retrouvent dans l’incapacité de travailler légalement, ce qui favorise irrémédiablement les circuits parallèles de vente des métaux précieux extraits sur le territoire.

Une suspension contre-productive pour l’économie camerounaise

L’objectif initial de la SONAMINES était d’assainir une filière artisanale jugée trop perméable aux pratiques illégales. Pourtant, sur le terrain, l’effet produit est l’inverse de celui escompté. Privés de débouchés officiels, les orpailleurs et les bureaux d’achat se tournent vers des réseaux informels, échappant ainsi à toute imposition et à tout suivi statistique.

Le syndicat estime que des centaines d’opérateurs, aussi bien établis qu’en cours de formalisation, sont aujourd’hui en situation d’incertitude. Cette paralysie menace directement les recettes fiscales de l’État et fragilise le système de traçabilité que Yaoundé souhaite renforcer. Le Cameroun n’est d’ailleurs pas le seul pays confronté à ce défi : d’autres nations d’Afrique centrale, comme le Congo ou la République centrafricaine, connaissent des difficultés similaires pour encadrer l’exploitation artisanale de l’or.

SONAMINES sous le feu des critiques

Créée pour centraliser la gouvernance minière et assurer un contrôle public sur la commercialisation de l’or et du diamant, la SONAMINES joue un rôle clé dans le secteur. Elle est chargée de garantir à l’État un droit de préemption sur les ressources extraites, tout en encadrant les relations avec les acteurs privés. Pourtant, depuis la suspension des agréments, l’entreprise publique est au cœur des polémiques.

Pour les représentants du SYNAPROBADIOCAM, cette décision pénalise doublement les professionnels du secteur. Elle prive les bureaux d’achat d’un outil essentiel à leur activité et fragilise les orpailleurs, notamment dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua ou du Nord. Sans accès à un circuit légal, ces mineurs se tournent vers des acheteurs informels, souvent étrangers, qui exportent l’or sans aucune contrepartie pour les finances camerounaises.

Formalisation ou asphyxie ? L’urgence d’un compromis

Le SYNAPROBADIOCAM plaide pour une reprise immédiate des procédures administratives et la mise en place d’un cadre réglementaire plus souple. L’enjeu est double : relancer la délivrance des agréments et instaurer un système de contrôle efficace, sans étouffer les opérateurs légaux. Le syndicat insiste sur l’aspect économique, soulignant que la formalisation de 200 bureaux d’achat pourrait générer de nouvelles recettes fiscales et renforcer la traçabilité de l’or artisanal.

Cette crise dépasse le simple cadre corporatiste. Elle interroge la stratégie de diversification économique du Cameroun, traditionnellement dépendant des hydrocarbures. L’or artisanal, s’il est encadré correctement, pourrait devenir un levier de croissance, en générant des emplois et en alimentant les caisses de l’État.

La balle est désormais dans le camp des autorités minières et de la SONAMINES. Faut-il lever partiellement le gel des agréments ou durcir les critères d’obtention ? Dans un cas comme dans l’autre, la cohérence du dispositif national de commercialisation dépendra de la capacité des pouvoirs publics à concilier rigueur administrative et fluidité opérationnelle.

Vers une solution concertée pour sauver la filière ?

Les discussions entre le SYNAPROBADIOCAM et les autorités de tutelle s’intensifient. L’objectif est de trouver un équilibre entre contrôle strict et accessibilité pour les acteurs légaux. La crédibilité du système camerounais de commercialisation de l’or dépendra de cette capacité à innover, sans sacrifier ni la légalité ni la viabilité économique des professionnels du secteur.