Coopération Bénin Niger : la réouverture de la frontière en suspens

Un comité d’experts ouvre la voie à une réconciliation économique

Les tensions entre le Bénin et le Niger pourraient connaître un tournant décisif. Un comité conjoint d’experts a présenté un rapport préliminaire en faveur de la réouverture de la frontière, fermée depuis 2023. Cet accord partiel porte sur des questions de sécurité, de transit et d’aspects juridiques et économiques. Cependant, trois conditions imposées par Niamey freinent encore la finalisation d’un compromis politique. Une avancée significative, mais qui reste suspendue à des impératifs stratégiques.

Le président béninois Romuald Wadagni et le général Tiani, chef de l'État nigérien, lors d'une réunion de travail à Niamey en juin 2026

Trois exigences nigériennes qui freinent le processus

Les autorités de Niamey ont formulé trois conditions jugées indispensables pour envisager une réouverture durable de la frontière. Ces impératifs, qualifiés de « non-négociables », pourraient retarder la validation politique de l’accord.

  • Un pacte de non-agression mutuelle : Le Niger exige un accord formel de défense et de sécurité avec le Bénin. Ce document devra garantir l’absence de toute action hostile entre les deux pays et empêcher l’utilisation de l’un comme base arrière pour déstabiliser l’autre.
  • Un partage renforcé des renseignements : La mise en place d’une cellule conjointe permettrait d’échanger des informations en temps réel, notamment sur les menaces terroristes et les trafics transfrontaliers. Une mesure saluée pour son caractère préventif et réciproque.
  • Une transparence sur les partenariats militaires : Niamey souhaite obtenir des garanties sur la présence de forces étrangères près de la frontière béninoise, afin de préserver sa souveraineté. Une question sensible, liée aux alliances extérieures du Bénin, mais que Cotonou considère comme un domaine réservé.

Pour Régis Hounkpè, directeur exécutif d’InterGlobe Conseils, ces exigences reflètent une méfiance historique : « Après trois ans de tensions, il est naturel que chaque partie cherche à sécuriser ses intérêts. Cependant, ces conditions ne doivent pas devenir un frein à la coopération économique, qui reste cruciale pour les deux nations. »

La fermeture de la frontière : un coup dur pour l’économie régionale

Le blocus frontalier a des répercussions majeures, bien au-delà des deux pays concernés. Le Niger, pays enclavé, dépend à 70 % du corridor béninois pour ses importations. Le port de Cotonou sert également de porte d’entrée pour le Mali et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, qui y acheminent matériaux de construction, carburant et denrées alimentaires.

Les coûts logistiques ont explosé, augmentant de 30 à 50 % en moins de trois ans. Les détours par le Nigeria ou le Togo sont plus longs et plus risqués, tandis que les flux pétroliers nigériens, acheminés via l’oléoduc de 2 000 km vers Sèmè-Kpodji, sont interrompus. Une perte sèche pour Niamey, dont les recettes escomptées fondent comme neige au soleil.

Cotonou n’est pas épargné : la congestion des conteneurs au port et la baisse du transit entraînent une chute des recettes douanières et une réduction drastique de l’activité des transporteurs et logisticiens. Certains secteurs enregistrent jusqu’à 60 % de pertes, et la position du Bénin comme hub régional est menacée.

Un cercle vicieux qui pousse les deux États à renouer le dialogue, notamment depuis l’élection du président béninois Romuald Wadagni en 2026. Son déplacement à Niamey dès juin 2026 a relancé les négociations, avec la création rapide d’un comité conjoint d’experts.

Une crise aux conséquences humaines dramatiques

Les populations locales paient le prix fort de cette fermeture. À Malanville et Gaya, les marchés sont déserts, les boutiques ferment et les commerçants voient leurs revenus s’effondrer. Les prix des denrées de base flambent, les coûts de transport explosent, et certaines communautés sont isolées.

Les traversées en pirogue, plus risquées que les routes terrestres, se multiplient, tandis que les familles se retrouvent séparées. Une situation propice au développement de la contrebande et des rackets, alimentant un climat d’insécurité généralisé.

Régis Hounkpè alerte : « Les populations ne doivent pas être les otages de ces tensions politiques. La réouverture de la frontière est une question de survie économique, mais aussi de stabilité sociale. »

Vers une réouverture progressive et contrôlée ?

Les deux chefs d’État, Romuald Wadagni et le général Abdourahamane Tiani, pourraient valider une réouverture par étapes, en priorisant certains flux commerciaux. Une solution pragmatique, qui permettrait de restaurer progressivement la confiance tout en limitant les risques.

Pour Régis Hounkpè, cette coopération forcée pourrait même inspirer d’autres pays de la région : « Si le Bénin et le Niger parviennent à surmonter leurs divergences, cela pourrait servir d’exemple à l’Alliance des États du Sahel et à la Cédéao. L’économie et la sécurité priment sur les idéologies. »

Une lueur d’espoir, donc, dans un contexte où la géopolitique laisse parfois place à la raison d’État.