Cameroun : remaniement militaire signé par Paul Biya depuis l’étranger

Un bouleversement stratégique au sommet de l’armée camerounaise

Depuis près de deux mois, le président camerounais Paul Biya n’est plus sur le sol national, mais son absence n’a pas freiné son activité décisionnelle. Plusieurs décrets portant sa signature officielle viennent d’être rendus publics, entérinant une restructuration majeure au sein des Forces armées camerounaises. Ces textes officialisent notamment l’arrivée de cinq nouveaux généraux de brigade, la désignation d’un nouveau major général à la tête de l’état-major, ainsi que le renouvellement de plusieurs commandements territoriaux et d’unités clés, dont la prestigieuse Garde présidentielle.

Des promotions symboliques et opérationnelles

Parmi les mesures les plus remarquées figure la promotion de Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, élevé au grade de général de brigade tout en conservant son poste de commandant de la Garde présidentielle. Une première historique, puisque cette unité d’élite, créée en 1985, n’avait jamais été dirigée par un officier de ce rang. Selon les observateurs militaires, cette décision reflète une marque de confiance exceptionnelle du chef de l’État envers son fidèle collaborateur.

Ebaka Hippolyte, général de division, est quant à lui nommé au poste de major général de l’état-major des armées, prenant la relève de son prédécesseur placé en deuxième section. Par ailleurs, six nouveaux commandants territoriaux ont été désignés pour diriger quatre des cinq régions militaires interarmées du Cameroun. Leurs zones d’affectation couvrent des territoires stratégiques, des frontières avec le Nigeria où sévit Boko Haram aux régions anglophones du Sud-Ouest, confrontées à des défis sécuritaires persistants.

Une manœuvre politique autant que militaire

Au-delà de leur impact opérationnel, ces nominations s’inscrivent dans une logique politique délibérée. Elles visent à réaffirmer l’autorité présidentielle et à démontrer que Paul Biya maintient un contrôle absolu sur les institutions, malgré son éloignement prolongé du pays. Pourtant, cette initiative ne convainc pas l’opposition, qui y voit une réponse insuffisante aux inquiétudes grandissantes concernant la gouvernance du pays. Le MRC, parti mené par Maurice Kamto, exige plus de transparence et la formation du gouvernement promis depuis décembre 2025.