Burkina Faso : la junte militaire suspend près de 1 000 associations sous prétexte de lutte antiterroriste
Le président de la transition du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, lors d’une cérémonie officielle. © Présidence du Faso

Depuis la mi-avril, les autorités de transition au Burkina Faso ont pris des mesures radicales à l’encontre des associations locales. En effet, 811 organisations ont été suspendues pour « non-renouvellement de leurs instances dirigeantes », tandis que 118 autres ont été dissoutes officiellement. Ces décisions s’appuient sur des « dispositions légales en vigueur », sans plus d’explications fournies.

Les associations concernées, dont les activités ont été gelées à partir du 12 mai 2026, œuvrent principalement dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation, l’autonomisation des femmes, le genre ou encore la religion. Selon l’arrêté ministériel, seules les démarches visant à régulariser leur situation sont tolérées durant cette période de suspension.

Une loi controversée pour encadrer les associations

En juillet 2025, le capitaine Ibrahim Traoré a promulgué une loi visant à réguler les associations, les ONG et les syndicats. Ce texte, qui réaffirme théoriquement la liberté d’association, l’assortit en réalité de contraintes strictes : déclarations obligatoires, contrôles administratifs renforcés et respect scrupuleux des normes légales. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions sévères, allant jusqu’à la dissolution pure et simple des structures incriminées.

Les autorités justifient cette réforme par la nécessité de renforcer la transparence financière, d’établir une cartographie exhaustive des acteurs de la société civile et, surtout, de combattre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Des accusations d’espionnage envers les ONG internationales

Les organisations internationales ou celles bénéficiant de financements étrangers sont régulièrement pointées du doigt par le pouvoir en place. Elles sont notamment accusées d’espionnage ou de complicité avec les groupes jihadistes opérant dans la région. Fin avril, l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch avait tiré la sonnette d’alarme, dénonçant une « répression généralisée de la société civile » rendue possible par cette nouvelle législation.