Africa corps au Mali : l’illusion sécuritaire russe face à l’insécurité grandissante

L’Afrique Corps, symbole d’un virage controversé au Mali

Avec le retrait des forces françaises de l’opération Barkhane et la fin de la mission onusienne MINUSMA, le Mali a opéré un changement radical d’alliance stratégique. Depuis, Moscou est devenu un partenaire incontournable, incarné aujourd’hui par l’Afrique Corps, une entité directement rattachée au ministère russe de la Défense. Pourtant, malgré une présence désormais bien établie, les résultats obtenus dans la lutte contre l’insécurité laissent perplexes : ce modèle, souvent qualifié de « mercenariat d’État », peine à tenir ses promesses face à une crise aux multiples facettes.

Un bilan sécuritaire en demi-teinte

Le gouvernement malien avait placé tous ses espoirs dans cette collaboration pour reprendre le contrôle des régions infestées par les groupes terroristes, notamment le JNIM et l’EIGS. Si l’Afrique Corps a marqué les esprits en reprenant le contrôle de Kidal à la fin de l’année 2023, force est de constater que ces avancées restent fragiles. Sur le terrain, la situation continue de se dégrader : les attaques ne faiblissent pas et, pire encore, elles gagnent en fréquence aux abords de la capitale, Bamako.

L’illusion d’une supériorité opérationnelle s’est effondrée lors de l’embuscade de Tinzawatène en juillet 2024. Piégés par les rebelles du CSP et des groupes djihadistes à la frontière avec l’Algérie, les mercenaires russes ont subi l’une de leurs plus lourdes défaites récentes. Cet événement a révélé une réalité brutale : l’incapacité à maintenir une présence durable sur les territoires reconquis.

Les populations locales, souvent livrées à elles-mêmes après le départ des convois, subissent alors les représailles des groupes armés. Les opérations « éclairs » menées par l’Afrique Corps ne suffisent pas à garantir une stabilité pérenne, laissant les civils dans une précarité alarmante.

Une opacité juridique au cœur des controverses

Le principal problème de l’Afrique Corps réside dans son statut flou, à mi-chemin entre armée régulière et groupe privé. Contrairement à une force conventionnelle, cette structure évolue dans un vide juridique total, ce qui soulève deux enjeux majeurs :

  • L’impunité généralisée : Plusieurs rapports d’organisations non gouvernementales dénoncent des violences commises à l’encontre des civils lors d’opérations de ratissage. Sans cadre légal contraignant, l’Afrique Corps échappe à toute forme de responsabilité. Pour les victimes, obtenir justice relève de l’impossible.
  • Une sécurité monnayable : Les déploiements se concentrent souvent autour des sites miniers, notamment ceux de l’or et du lithium. Cette focalisation interroge : la protection des ressources économiques prime-t-elle sur celle des populations ? La sécurité est devenue un bien échangeable, et non un droit fondamental.

« Confier la sécurité d’un pays à des acteurs dont les motivations sont avant tout économiques et géopolitiques revient à fragiliser durablement sa souveraineté. »

Une souveraineté malienne sous pression

Cette alliance avec Moscou place Bamako dans une position délicate. En tournant le dos à ses anciens partenaires sans obtenir de résultats tangibles, le Mali s’enferme dans une dépendance accrue envers la Russie, qui dicte désormais une partie de sa politique sécuritaire. Les tensions avec la CEDEAO et les pays voisins s’intensifient, compliquant une coopération régionale pourtant essentielle pour endiguer la propagation du terrorisme au Sahel.

Par ailleurs, l’armée malienne (FAMA) voit son rôle marginalisé. Les forces locales craignent d’être réduites à un rôle subalterne, voire d’être utilisées comme « chair à canon » dans des opérations menées par des commandants dont les priorités ne coïncident pas nécessairement avec les besoins de paix au Mali.

Le cœur du problème : une crise aux racines politiques

L’échec actuel de la gestion de la crise malienne révèle une vérité implacable : sans solutions politiques profondes et sans une gouvernance responsable, aucune intervention étrangère ne saurait résoudre un conflit aussi complexe. Qu’il s’agisse de forces occidentales ou russes, l’histoire montre que les mercenaires, aussi puissants soient-ils, ne peuvent combler les failles d’un système politique défaillant. Le terrorisme au Mali est avant tout le symptôme d’un État en crise, et non la cause de son déclin.