Argentine-Suisse: « Plus forte qu’il y a quatre ans »: l’Albiceleste est-elle insubmersible?

Argentine-Suisse: « Plus forte qu’il y a quatre ans »: l’Albiceleste est-elle insubmersible?
Mardi à Atlanta, 79e minute de jeu. L’Argentine est menée 2-0 par l’Égypte, Lionel Messi est à dix minutes de clôturer son histoire avec la Coupe du monde. La Pulga dépose un centre sur la tête de Cristian Romero (79e), catapulte le ballon au fond des filets de Shobeir (83e), et assiste à la tête victorieuse d’Enzo Fernandez (90e+3). Messi termine en larmes: lui et son équipe ont renversé la partie en quinze minutes.
« Très peu d’équipes arrivent à retourner un résultat avec autant de péripéties: le penalty raté par Messi, les occasions manquées, les arrêts du gardien égyptien », salue Jérôme Rothen dans Rothen s’enflamme. D’autant que ce scénario épique suit la qualification arrachée trois jours plus tôt contre le Cap-Vert. Rattrapés deux fois au score, les Argentins passent par les prolongations – et certains joueurs par les crampes – pour battre la 64e nation au classement Fifa (3-2 a.p, score final).
Parfois bousculée dans le jeu mais invaincue en 2026, l’Albiceleste fait basculer les rencontres grâce à sa solidité mentale. « Il y a de la personnalité et du tempérament dans ce groupe, c’est leur point fort », remarque Jérôme Rothen. « J’ai été surpris par la solidarité de l’Argentine, appuie le champion du monde 1998 Franck Leboeuf. Cette solidarité peut faire la différence contre n’importe quelle équipe ».
La souffrance dans la culture du football argentin
Mise à l’honneur par les supporters et la presse argentine, la « garra » – la ténacité – est devenue l’ADN de l’équipe nationale. Le sacrifice voire la souffrance sont régulièrement convoqués dans les récits collectifs. Le quotidien sportif Olé reprend ces valeurs cardinales au lendemain de la qualification. « La résilience ne s’achète pas en pharmacie ni ne se commande en ligne. Une épopée ne s’apprend pas. Elle se vit. L’Argentine vit le match. Elle en souffre, elle le vit, elle se bat et elle n’abandonne jamais ».
Ancien international sénégalais et consultant RMC Sport, Souleymane Diawara tempère: « Une équipe qui vise le back-to-back ne doit pas trembler face à des nations comme le Cap-Vert ou l’Égypte. L’Argentine reste fragile et n’est pas encore tombée sur une très grande nation », estime-t-il. Ni la Suisse en quarts de finale ce dimanche, ni l’Angleterre ou la Norvège – potentiels adversaires en demies – ne sont en mesure d’inquiéter l’Argentine pour l’ancien défenseur Éric Di Meco. « Leur tableau est ouvert jusqu’à la finale. Ce n’est pas l’équipe que je préfère regarder, mais la recette fonctionne et ils n’ont pas de raison de changer », appuie-t-il. Et pour cause: codétentrice du record de prolongations en Coupe du monde (12), l’Argentine y a triomphé… dix fois.
Plus forts qu’en 2022?
Le sacre argentin au Qatar en 2022 s’est déjà appuyé sur des succès étriqués. Les hommes de Lionel Scaloni ont certes déroulé contre la Croatie en demi-finales (3-0), mais pour le reste? Une victoire au forceps contre l’Australie en huitièmes (2-1), puis deux scénarios dantesques bouclés aux tirs aux buts – contre les Pays-Bas en quarts (2-2, 4-3 t.a.b) et la France en finale (2-2, 4-2 t.a.b). Hormis Angel Di Maria à la retraite, le socle de l’équipe championne du monde est intact en 2026. « Dès les premiers matchs, je me suis dit que ça tenait autant la route qu’en 2022 », juge Franck Leboeuf. Selon Jérôme Rothen et Éric Di Meco, l’Albiceleste est même « plus forte qu’au Qatar il y a quatre ans ».
La raison tient autant au vécu commun du groupe qu’à la forme de ses leaders. « Messi est plus fort qu’à la dernière Coupe du monde », juge Di Meco. Si l’Argentine a marqué deux buts à chaque match de cette édition, elle le doit à son génie de 39 ans (8 buts). Souleymane Diawara y voit une lacune: « Messi ne pourra pas éternellement sauver l’Argentine. Le jour où il est muselé, l’équipe explosera ». Tout un pays continue pourtant de rêver d’une deuxième Coupe du monde consécutive.