WAdagni officiellement président du Bénin : un mandat pour l’économie et la sécurité

À l’aube d’un nouveau chapitre pour le Bénin, Romuald Wadagni, technocrate de 49 ans, a officiellement pris les rênes du pays pour un mandat de sept ans renouvelable. Sa cérémonie d’investiture, sobre et solennelle, s’est tenue ce dimanche matin au palais présidentiel de Cotonou, capitale économique du pays.

L’élection qui l’a porté au pouvoir le 12 avril dernier s’est déroulée sans suspense : face à lui, un seul adversaire, Paul Hounkpè, dont le parti, les Forces cauris pour un Bénin émergent, a depuis rallié la majorité présidentielle. Le principal parti d’opposition, les Démocrates, s’est vu exclure du scrutin faute de parrainages suffisants et traverse actuellement une crise interne.

Dans un discours empreint de pragmatisme, le nouveau président a d’abord salué l’héritage de son prédécesseur avant d’évoquer ses priorités. « Une croissance économique ne prend tout son sens que lorsqu’elle se traduit par une amélioration concrète du quotidien des citoyens », a-t-il souligné. S’adressant aux jeunes béninois, il a lancé : « Le Bénin place sa confiance en vous et vous offrira les moyens de réussir sur votre propre terre. »

Un défi sécuritaire et diplomatique à relever

Romuald Wadagni hérite d’un pays confronté à des défis majeurs. Au nord, la menace jihadiste, qui recrute localement, pèse sur la stabilité régionale. « Le Bénin ne cédera ni à la peur ni à la complaisance. L’État répondra avec fermeté à toute atteinte à notre sécurité et à notre unité », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’une collaboration étroite avec les pays voisins.

Sur le plan diplomatique, son mandat s’annonce délicat. Francophile assumé, il devra œuvrer à la réconciliation avec les juntes militaires du Sahel, notamment le Niger, accusé par ces dernières de vouloir déstabiliser la région. Dimanche, une délégation nigérienne conduite par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine a marqué les esprits en assistant à la cérémonie, signe d’une volonté de détente. Le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères.

Un héritage économique solide, mais des ombres au tableau

En tant que ministre des Finances sous Patrice Talon, Romuald Wadagni a joué un rôle clé dans la modernisation du Bénin. Le pays affiche désormais une croissance moyenne de plus de 6 % par an, un déficit public maîtrisé à 3 % du PIB, et une attractivité renforcée auprès des investisseurs. « Il perpétuera cette dynamique », estime l’analyste Franck Kinninvo.

Pourtant, son arrivée à la présidence soulève des questions. Son prédécesseur, Patrice Talon, est critiqué pour son autoritarisme croissant, notamment dans la gestion des libertés publiques. Plusieurs opposants de premier plan croupissent en prison, et Reporters sans frontières a récemment appelé Wadagni à faire de la liberté de la presse une priorité, exigeant la libération de journalistes emprisonnés.

Un profil d’intellectuel et d’homme d’action

Issu d’une famille d’intellectuels – son père, Nestor Wadagni, était un économiste renommé, et sa mère, entrepreneure –, Romuald Wadagni est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays. Proche de ses racines, il possède une exploitation agricole qu’il n’a jamais abandonnée.

Formé en finance à Grenoble, puis à Harvard, il a débuté sa carrière chez Deloitte, où il s’est spécialisé dans les opérations africaines. En 2016, Patrice Talon le nomme à la tête du ministère de l’Économie et des Finances. Sous sa direction, le Bénin engage des réformes ambitieuses : assainissement des finances publiques, grands projets d’infrastructures et diversification économique. En 2021, Talon le reconduit au gouvernement en tant que ministre d’État.

Son style, souvent qualifié de discret, est salué par certains comme une qualité dans un contexte où l’efficacité prime sur le discours. « Il incarne une nouvelle génération de dirigeants, plus tournée vers l’action que vers les promesses », confie Lucien Fayomi, un militant à ses côtés. Ses partisans le décrivent comme un « rassembleur », capable de fédérer au-delà des clivages politiques.

Le Bénin entre désormais dans une phase de stabilité électorale : grâce à une réforme constitutionnelle, tous les scrutins – nationaux et locaux – seront organisés la même année, évitant ainsi les tensions récurrentes. Une période de six ans sans élection s’ouvre devant le nouveau président, qui devra concilier croissance économique, sécurité et respect des libertés.